Vin : la délicate et coûteuse conversion au bio

20 à 25 % plus cher

Des vœux qui se heurtent aux réalités du terrain et du portefeuille. « Produire en bio, c’est 20 à 25 % plus cher », avance le technicien. Sans grand espoir de répercussion de ce surcoût sur le prix de la bouteille. Parenchère en produit plus de 300 000 et les vend autour de 10 euros. Des tarifs serrés, sur un marché très disputé, où tous les centimes comptent.

Exemple de coûts à la hausse avec le secteur des herbicides, où l’on trouve le controversé glyphosate. Un produit facile d’utilisation (le plus souvent deux passages par an) et pas cher, d’où son succès. Il est remplacé par un travail du sol plus fastidieux (charrues, disques, lames). « Des dizaines de milliers d’euros investis en matériels, deux fois plus de passages avec les tracteurs, du gasoil et de la main-d’œuvre en plus. » En espérant aussi que les pluies n’engorgent pas les sols et clouent les engins au garage. « C’est compliqué, surtout sur les terroirs argileux. »

« En utilisant les produits chimiques de synthèse, c’est 8 à 10 traitements par an. En bio – où ils sont prohibés – c’est 15 à 20 passages »

Enjeux similaires du côté des fongicides, ceux utilisés pour combattre notamment le mildiou. « Avec les produits chimiques de synthèse, c’est 8 à 10 traitements par an. En bio – où ils sont prohibés – c’est parfois 15 à 20 passages. Et les sols sont davantage tassés », poursuit Richard Curty. Il faut en effet traiter après chaque pluie (plus de 20 millimètres), avec le cuivre comme seul remède. Celui-là même qui peut polluer les sols et dont les quantités utilisables sous soumises à des quotas.

Les vins bio sont recherchés par des cavistes et des restaurateurs. Par exemple ici sur un espace de dégustation dédié au salon Wine Paris & Vinexpo.

Les vins bio sont recherchés par des cavistes et des restaurateurs. Par exemple ici sur un espace de dégustation dédié au salon Wine Paris & Vinexpo.

C. C.

« J’ai dû acheter un pulvérisateur supplémentaire – ce qui m’en fait trois – pour pouvoir traiter toute la propriété en une seule journée. » Sinon, le mildiou peut s’emballer et c’est la catastrophe, comme certains vignerons l’ont connue en 2018 et 2020. Voilà pourquoi il est plus simple de se convertir au bio dans les propriétés de plus petite taille.

Une troisième voie

Non loin de Parenchère, sur la commune de Sainte-Radegonde, Dominique Guffond est dans ce cas de figure. Son château Le Sèpe (14 ha, 7 à 12 euros la bouteille) est certifié bio depuis le millésime 2020. « Mes rendements ont baissé mais être en bio m’ouvre des portes chez les restaurateurs et les cavistes. C’est plus rémunérateur aussi sur le marché du vrac. Nos vignes sont autour de chez nous et j’ai trois chambres d’hôtes : pour notre environnement et cette clientèle, c’est mieux d’être en bio ».

Un choix de raison et de conviction pour cet ancien cadre dans les assurances reconverti en viticulture en 2009. « Mais j’aimerais que l’on trouve une voie intermédiaire entre le conventionnel et le bio. Qu’une fois en bio, on puisse utiliser, de manière exceptionnelle et si nécessaire, un produit chimique de synthèse. Notamment lors de l’étape critique de la floraison. Car ces produits sont plus efficaces. » Une troisième voie parfois évoquée dans les instances professionnelles mais qui n’est pas à l’ordre du jour. Elle permettrait peut-être d’aider des viticulteurs séduits par la démarche du bio mais inquiets à l’idée de ne pas y arriver. Surtout dans nos vignobles de la façade atlantique où il pleut beaucoup.