Vidéos. VTC en colère à Bordeaux : « on a l’impression d’être traités comme des taxis clandestins »

Un cortège d’environ 100 véhicules est parti à 7 heures de Lormont, s’est dirigé vers l’aéroport via la rocade avant de mettre le cap sur la gare puis la place de la Bourse, où il s’est fixé vers 10 heures. Une cinquantaine de voitures est restée sur les lieux, afin de couper la circulation sur les quais jusqu’à 19 heures, entre la rue Esprit-des-Lois et la Porte de Bourgogne.

« On est mal vus parce que les applis sont mal vues. Mais on ne travaille pas pour elles ! Nous sommes des artisans indépendants »

Les Bordelais coincés dans leur voiture auront forcément remarqué les effets du mouvement. Reste à leur expliquer les causes. Ce qu’ont fait les chauffeurs à l’aide d’un porte-voix sur le miroir d’eau. Parmi les revendications, certaines sont nationales, comme la demande d’une détaxe et une aide d’État sur le carburant.

« Un plein qui coûtait 70 euros revient à présent à 110 euros. Une fois qu’on a payé toutes nos charges, on n’arrive plus à se dégager un salaire », témoigne Hicham Abarkan. Les VTC regrettent que, de leur côté, les applis de réservations (Uber, Bolt…) n’aient ni augmenté le prix de la course, ni baissé leurs marges : « c’est donc nous qui supportons seuls cette hausse. » Même grief pour la fiscalité : « nous sommes imposés sur ce que paye le client, et non sur ce que nous gagnons. Or, entre les deux, les applis prennent leur marge, sur laquelle elles ne sont pas imposées, étant basées à l’étranger », dénonce Karim.

Mais d’autres demandes sont bien locales : « nous voulons un numerus clausus, l’arrêt des examens et formations VTC, car on commence à être très nombreux avec beaucoup de précarité. Et enfin, des emplacements à la gare et à l’aéroport », poursuit Hicham Abarkan.

Les amendes qui plombent

Le problème des places est d’autant plus sensible qu’il cristallise « la sensation d’être considérés comme des taxis clandestins. Quand nous nous arrêtons pour prendre en charge nos clients, à la gare où à l’aéroport, nous recevons souvent des amendes à 35, voire 135 euros, pour stationnement très gênant », regrette Marouane. « Quand on sait qu’en semaine, il nous arrive de gagner péniblement 150 euros dans une journée, ça ne vaut même plus le coup de bosser… »

Les VTC ont bloqué la circulation entre la rue Esprit-des-Lois et la Porte de Bourgogne.

Les VTC ont bloqué la circulation entre la rue Esprit-des-Lois et la Porte de Bourgogne.

Photo Guillaume Bonnaud

Du côté de l’aéroport, les VTC sont plutôt confiants : « les choses sont en bonne voie ». Pour parler de la gare, une délégation était reçue en mairie à 11 heures. La grogne se concentre autour de la rue Eugène-Le-Roy, où les VTC voudraient pouvoir travailler sans s’exposer aux verbalisations. « Aujourd’hui, on est obligé de charger ou décharger nos clients dans la rue ‘‘à l’arrache’’, et ça donne une mauvaise image de notre profession », regrette Hicham Abarkan.

Son collègue Khaled est dépité : « On est mal vus parce que les applis sont mal vues. Mais on ne travaille pas pour elles ! Nous sommes des artisans indépendants. Nous avons tous reçu une formation poussée, passé un concours. Nous avons des crédits à rembourser pour des voitures à 40 000 euros. Ce n’est pas un deuxième boulot, nous travaillons sept jours sur sept, 70 heures par semaine pour rembourser nos emprunts. Tout ce qu’on veut, c’est qu’on nous laisse vivre de ce travail. »

Outre un stationnement facilité à la gare, Khaled aurait une autre demande pour le maire de la ville : la possibilité de circuler sur le pont de pierre. « On refuse de prendre des courses juste en face, car les applis calculent le prix de la course en fonction de distances calculées à vol d’oiseau. Alors que nous, contrairement aux bus ou aux taxis, nous devons faire le détour. »