Vidéo. Folie collective à Bordeaux : Swatch pris d’assaut par les acheteurs

Elle se décline en onze modèles (pour…

Elle se décline en onze modèles (pour les 11 planètes du système solaire), fabriqués à quelques centaines d’exemplaires et mis en vente dans trois villes françaises : Paris, Cannes et Bordeaux. Ces montres imitent la mythique gamme du chronographe Speedmaster Moonwatch au boîtier en biocéramique, portée par Armstrong, Aldrin et Collins lors de l’expédition sur la Lune en juillet 1969. De quoi affoler les passionnés d’horlogerie. Et les spéculateurs, rodés à ce genre de plus-values par des précédents, comme les baskets du distributeur Lidl.

A 10 h 05, le gérant de la boutique lève la grille et s’adresse à la foule. « Je préfère être franc : je ne pourrais pas satisfaire tous les gens qui attendent. Certains sont là depuis plus de 24 heures, sont venus d’Espagne, du Portugal, de Marseille. Il y aura forcément des déçus. On va essayer d’être civilisés, je crois qu’il se passe des choses dans les pays voisins plus importantes que de s’acheter une montre. Je vous souhaite tous bonne chance. Ce sera une montre par client, pas plus. Deux personnes à la fois dans le magasin, et je travaillerai porte fermée. Dans certaines villes, les ventes ont été annulées au dernier moment pour des raisons de sécurité ; je souhaite qu’il ne se passe pas la même chose »

« Gros bras »

Dans l’heure qui suit, certains clients revendent la montre deux fois son prix d’achat à même le trottoir, aux retardataires qui ont compris que le stock serait épuisé avant qu’ils n’atteignent la porte. Avant midi, sur des sites spécialisés en horlogerie de luxe, elle est proposée à la revente à près de 1 000 euros.

« Ça me désole » se lamente Tom, étudiant toulousain de 24 ans. « L’appât du gain ruine tout. Ce genre de produits devrait permettre aux gens comme moi qui, passionnés d’horlogerie, n’ont pas les moyens de s’offrir une vraie montre de luxe. Le cynisme du marketing est d’une violence inouïe. »

« Je ne vais pas mentir, c’est pour la revendre. J’espère en tirer 800 euros »

Il n’est pas le seul à être désolé. Bras croisés, des policiers dépêchés en urgence scrutent la scène d’un air sceptique. « Lors de l’ouverture, certains ont joué les gros bras pour passer devant ceux qui avaient attendu ». Un premier équipage de policiers est arrivé sur place à 10 h 10, évitant que les empoignades dégénèrent. « Les deux premiers clients n’osaient pas sortir. Des barrières ont été posées, et les choses semblent se passer plus calmement ».

La police nationale avait été prévenue la veille que Swatch organisait un « événement commercial ». Mais certainement pas ce genre de folie collective. Outre un premier équipage de vététistes, un équipage de la compagnie départementale d’intervention et un autre de la police municipale ont été mobilisés pour canaliser cette frénésie horlogère.

« Précision suisse »

« L’organisation a clairement été sous-dimensionnée, ce n’est pas exactement d’une précision suisse », glisse l’un des 14 personnels policiers missionnés pour superviser des ventes de montres. Un seul vigile a été prévu, alors qu’à l’ouverture, la file s’étend sur trois voies : rue Porte-Dijeaux, rue du Temple et place Saint-Christoly. Enroulée autour du pâté d’immeubles, la procession piétine vers le Graal, dans le sens des aiguilles d’une montre. Mais après tout, ce bazar est aussi un excellent coup de pub.

Il est midi, la queue court toujours jusqu’en haut de la rue du Temple.

Il est midi, la queue court toujours jusqu’en haut de la rue du Temple.

Gw. B.

En fait, ce sont peut-être les acheteurs, les plus organisés. Pierre sort du magasin, un sac à la main et le sourire aux lèvres. « Moi, je suis là depuis hier 15 heures. Ce matin, le premier dans la queue a établi une liste avec un ordre d’arrivée. J’étais le seizième ». La patience du jeune homme a payé. Au sens propre. « Je ne vais pas mentir, c’est pour la revendre. J’espère en tirer 800 euros ».

11 h 45. Le gérant passe la tête dehors : trois modèles ne sont déjà plus disponibles.