Vidéo. Béarn : les agriculteurs, frappés par la sécheresse, cherchent de nouvelles méthodes

Diusse, 37 °C, 12 heures. Un soleil éblouissant tape sur les champs de maïs et de soja, dont on peine à distinguer les contours. Au loin, un immense jet d’eau surprend ce paysage monotone. Les agriculteurs ont déjà commencé l’irrigation dans ce coin du département, à quelques encablures du Gers et des Landes, qui est habituellement l’un des plus touchés par la sécheresse.

Alexandre Malabirade, 34 ans, s’y est mis un peu plus tôt cette année, c’est vrai. La pluviométrie a été particulièrement basse, ce n…

Diusse, 37 °C, 12 heures. Un soleil éblouissant tape sur les champs de maïs et de soja, dont on peine à distinguer les contours. Au loin, un immense jet d’eau surprend ce paysage monotone. Les agriculteurs ont déjà commencé l’irrigation dans ce coin du département, à quelques encablures du Gers et des Landes, qui est habituellement l’un des plus touchés par la sécheresse.

Alexandre Malabirade, 34 ans, s’y est mis un peu plus tôt cette année, c’est vrai. La pluviométrie a été particulièrement basse, ce n’est pas une catastrophe, mais l’irrigation est vitale à cette période de l’année. C’est un levier, « une assurance récolte » pour l’agriculteur qui produit du maïs semence, du soja, de la luzerne sur une centaine d’hectares, et dont les blondes d’Aquitaine ont bien besoin d’herbe fraîche. « L’irrigation, qui nous assure un revenu stable, est indispensable. J’ai des copains sur le plateau de Ger qui ne peuvent pas irriguer et qui regardent la météo tous les soirs ! »

Alexandre Malabirade a divisé sa parcelle de 4 hectares en 12 parcelles.

Alexandre Malabirade a divisé sa parcelle de 4 hectares en 12 parcelles.

David Le Deodic

Dans les années 90, la solution face au manque d’eau fut de mener de vastes aménagements de territoire en créant des réseaux d’irrigation, des barrages, des plans d’eau : Gabas, Louet, Serres-Castet… Alexandre Malabirade puise son eau des lacs de Cadillon, de Garlin, de Bassillon, dont les relevés sont réalisés par les Coteaux de Gascogne. Elle n’est pas inépuisable, Alexandre le sait et se dit « flexible : ça dépend de la pluviométrie, de la saison et de la culture. Il ne faut pas faire n’importe quoi sur les réservoirs. Si je n’en ai pas besoin, je ne le fais pas ». Sourire aux lèvres, silhouette affûtée, le trentenaire, qui a repris la ferme familiale il y a dix ans, pose un regard neuf sur ce petit coin de Béarn rural. D’autres solutions s’ouvrent aujourd’hui à lui.

Un ballet de blondes

Un drôle de ballet se déroule sous nos yeux. Les blondes d’Aquitaine, têtes relevées et appuis solides, s’apprêtent à passer d’une parcelle à l’autre, d’une prairie à l’autre : c’est la technique du pâturage tournant dynamique. Le principe est de faire pâturer son troupeau sur différentes parcelles pour maîtriser la pousse de l’herbe et donc améliorer sa qualité. Elle est aussi un précieux atout contre les épisodes de sécheresse.

“C’est comme la pelouse chez vous, si vous la tondez à ras tout le temps, vous verrez qu’elle poussera moins ! »

Les blondes d’Aquitaine sont utilisées pour leur viande.

Les blondes d’Aquitaine sont utilisées pour leur viande.

David Le Deodic

« Cette technique, qui évite le sur-pâturage, optimise la repousse : dès qu’il y a de la pluviométrie, l’herbe va pouvoir repartir, explique Alexandre Malabirade. Et s’il le faut, on l’aide un peu avec l’irrigation, mais on n’utilise plus d’engrais dans les prairies. C’est comme la pelouse chez vous, si vous la tondez à ras tout le temps vous verrez qu’elle poussera moins ! Cela nous a permis de ne plus mettre d’engrais sur les prairies. Et il y a de l’herbe de qualité tous les jours. C’est le jour et la nuit. Le pâturage tournant et l’irrigation s’il y en a besoin, c’est l’assurance d’avoir de l’herbe de mars à novembre. »

Pour la partie culture, l’agriculteur utilise du semi-direct sous couvert : au printemps, les cultures sont semées directement et elles sont ramassées à l’automne ; à l’hiver, un couvert végétal est semé et il restera jusqu’au retour des cultures de printemps. La terre n’est pas travaillée. Voilà encore un outil précieux contre la sécheresse. « Lors des orages de printemps, on observait la terre partir dans les ruisseaux : on perdait de la matière organique. Avec les couverts, on limite l’érosion, on limite la battance et on protège la terre. » Et le sol, naturellement, stocke mieux l’eau.