Vidéo. Béarn : Josua, 25 ans, le visage de la nouvelle génération de paysans

Il a quelque chose du dernier des Mohicans. Les cheveux longs, le regard franc et la présence – le calme. Sans doute aussi parce qu’il est l’un des rares jeunes à se jeter dans le bain. Josua Chabanier, 25 ans, lance un défi aux pessimistes en reprenant la ferme familiale à Buziet, une petite exploitation agricole de brebis laitières. Et il est bien décidé à refuser le destin qui pèse sur toute une profession.

Gilles sort les brebis.

Gilles sort les brebis.

David Le Deodic

Le jeune homme reçoit dans la…

Il a quelque chose du dernier des Mohicans. Les cheveux longs, le regard franc et la présence – le calme. Sans doute aussi parce qu’il est l’un des rares jeunes à se jeter dans le bain. Josua Chabanier, 25 ans, lance un défi aux pessimistes en reprenant la ferme familiale à Buziet, une petite exploitation agricole de brebis laitières. Et il est bien décidé à refuser le destin qui pèse sur toute une profession.

Gilles sort les brebis.

Gilles sort les brebis.

David Le Deodic

Le jeune homme reçoit dans la bergerie en tunnel, où se pressent quelque 180 béarnaises. Autour, des chiens jappent et c’est Orphée, le Patou, qui accueille. Ici, la traite se fait à la main et le lait est transformé directement à la ferme, qui dispose d’une laiterie, d’une salle de fabrication, d’un saloir et d’une salle de vente. Une production maîtrisée à 100 % par ces agriculteurs qui proposent des produits frais (fromage blanc, yaourt, greuil, caillé lactique) et de la tomme sous l’AOP Ossau-Iraty. Les produits sont ensuite vendus sur place, au marché bio de Billère et en Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne). Josua veut préserver cette petite musique du circuit court, tout en apportant ses variations.

Depuis tout petit

La passion pour l’élevage est une affaire de famille. C’est le père, Gilles, qui a posé la première pierre de cet édifice en installant une ferme sur des marécages en 1985. Il passe ses étés en estive près de Gère-Bélesten puis à Aste-Béon et entraîne son fils Josua avec lui. Le garçon est mordu. Plus tard, Josua entame un BTS STAV production agricole à Montardon, puis un BTS en production animale à Hasparren où il travaille en alternance dans une ferme à Bidarray (Pays basque). Cette expérience auprès des animaux et dans les travaux agricoles est un déclic.

“J’y pense depuis longtemps. Depuis tout petit, je voulais être berger »

« Mais je n’avais pas toutes les connaissances, il me fallait de l’expérience. » Pour se faire le cuir, Josua enchaîne quatre années de salariat dans des fermes du territoire. En 2020, c’est retour à la case départ dans la ferme familiale où il travaille à mi-temps et où son projet prend de plus en plus forme. « Ces quatre années de salariat m’ont permis de voir différentes conditions de travail et de créer ce que j’ai envie de faire. J’y pense depuis longtemps. Depuis tout petit, je voulais être berger. »

Odile prépare le greuil.

Odile prépare le greuil.

David Le Deodic

Le salaire, « pas un frein »

Heureux hasard du calendrier, c’est l’heure de la retraite pour les parents Gilles et Odile, 62 et 61 ans. Il est temps de passer le flambeau et et Josua ne voulait rien perdre de ce trésor familial, ce savoir-faire soigneusement cultivé par le couple depuis plus de quarante ans, malgré son lot de contraintes et de sacrifices.

Le patou chiot.

Le patou chiot.

David Le Deodic

“Il part à l’aventure tout seul, ça m’inquiète un peu. Mais il est comme son père : le métier de berger, il a ça dans le sang »

Pour la reprise, il faudra bien y apporter sa patte. L’éleveur en herbe veut monter une salle de traite pour gagner du temps et agrandir le cheptel jusqu’à 220 brebis pour se dégager un salaire. « Avoir un salaire plus important ? Je sais que dans le monde agricole ce n’est pas possible, mais ce n’est pas un frein pour moi », dit-il. ll espère surtout trouver un associé pour un bien plus précieux : du temps libre.

L’investissement prévu pour ces aménagements s’élève à hauteur de 140 000 euros. Josua bénéficie de la dotation jeunes agriculteurs et il est accompagné par l’Association béarnaise pour le développement de l’emploi agricole (ABDEA), rattachée à la Confédération paysanne. L’ABDEA accompagne les porteurs de projets en défendant sa vision de la paysannerie : une agriculture à taille humaine. Elle traite entre 10 et 15 dossiers par an. Pour mettre toutes les chances de son côté, le jeune berger se lance aussi dans le financement participatif avec la plateforme en ligne Miimosa.

Inquiétudes

Josua Chabanier devant le fromage, salé à la main.

Josua Chabanier devant le fromage, salé à la main.

David Le Deodic

Un agneau.

Un agneau.

David Le Deodic

Dans la fromagerie installée près de la bergerie, c’est Odile qui manœuvre d’une main de maître. Ces gestes, elle les connaît par cœur et elle les a transmis. « Sauf sur le crottin, tu n’es pas au point ! » lance-t-elle au jeune homme, le sourire aux lèvres. Elle attend sa nouvelle vie de retraitée avec un certain soulagement, après des années de travail. La passion pour le métier, elle l’a transmis un peu malgré elle. « Au moment de ses études, je lui ai surtout dit « va voir ailleurs ». Je ne voulais pas qu’il se sente obligé de reprendre. Pour son BTS à Montardon, je lui ai laissé beaucoup de temps avant de se décider. »