Vaccin contre la grippe aviaire : « Techniquement, nous pouvons aller plus vite », estime Ceva

Il existe différents types de virus d’influenza aviaire mais dans le monde ce sont les H5 et H7 qui sont réglementés et soumis à des déclarations obligatoires, du fait de leur potentiel danger pour l’Homme. Le H7 sévit au Mexique, mais ailleurs on retrouve surtout le H5 qui a évolué…

Il existe différents types de virus d’influenza aviaire mais dans le monde ce sont les H5 et H7 qui sont réglementés et soumis à des déclarations obligatoires, du fait de leur potentiel danger pour l’Homme. Le H7 sévit au Mexique, mais ailleurs on retrouve surtout le H5 qui a évolué ces dernières années, au point de devenir résident chez les oiseaux sauvages migrateurs. Résultat, l’exposition des élevages à ce virus d’influenza aviaire est quasi permanente. Ce que nous avons pu constater, cette année, avec une contamination de la Vendée sur le retour des oiseaux migrateurs.

L’épidémie est devenue mondiale : les quatre flux migratoires aux États-Unis sont touchés, l’Asie également (Philippines et Thaïlande), la Hollande qui est sur le même canal migratoire que la France mais aussi tout le bassin du Danube.

Autre élément important de ce contexte, le virus génère chez le canard des quantités d’excrétion très importantes au point que les palmipèdes ne sont plus les seuls concernés par l’épidémie, mais également les poulets, les poules pondeuses, les dindes. Et donc la nouveauté, c’est que tous les acteurs sont désormais concernés quand jusqu’à présent, les éleveurs de poulets et de canards se renvoyaient la balle, et la Vendée se pensait épargnée tandis que le Sud-Ouest essuyait les crises.

Sylvain Comte, directeur de l’activité mondiale volailles chez Ceva Santé Animale.

Sylvain Comte, directeur de l’activité mondiale volailles chez Ceva Santé Animale.

Ceva Santé Animale

Un contexte qui fait désormais de la vaccination une option indispensable ?

Tout à fait ou du moins une des options indispensables avec la biosécurité et le suivi du virus. Suite à la feuille de route érigée par le gouvernement français et la filière, en juillet 2021, nous avons reçu une demande formalisée en septembre pour expérimenter un vaccin. Nous étions sept candidats, le gouvernement en a retenu deux. La vaccination préventive, saisonnière et géolocalisée doit répondre à deux objectifs : d’une part, protéger les oiseaux en limitant l’excrétion du virus et donc sa diffusion et, d’autre part, protéger les hommes, les professionnels, notamment ceux en charge de l’abattage fortement exposés et qui peuvent offrir une entrée humaine au H5.

Ceva Santé Animale commercialise depuis 2015 un vaccin contre l’influenza aviaire pour les poules et les dindes, aux États-Unis, en Égypte, au Vietnam, au Bangladesh. Pourquoi, jusqu’ici, on ne s’intéressait pas à un tel vaccin pour les palmipèdes ?

Parce qu’il n’y avait pas de marchés ! Les seuls marchés de canards sont en Chine et en France. La Chine ne vaccine pas. Et la France jusqu’ici ne l’autorisait pas. Et le vaccin pour les poules ne fonctionnait pas pour les canards. Depuis plusieurs années, nos équipes travaillaient sur un développement pour les palmipèdes testé en laboratoire et en Hongrie sur des oies. Nous attendions une demande pour l’expérimenter sur le terrain.

L’expérimentation a débuté. Comment va-t-elle se dérouler ?

On injecte le candidat vaccin à un millier d’oiseaux âgés d’un jour et on fait un rappel quatre semaines plus tard. On suit leur état général, la présence d’anticorps et leurs réactions et ce, jusqu’à leur fin de vie à 13 semaines. Au cours de ce processus, nous prélevons deux petits lots de canards, l’un à 5 semaines, l’autre à 11, et nous les transférons sur le site spécialisé en virologie de l’Anses à Ploufragan. Là-bas, ces animaux vaccinés et autant de non-vaccinés vont être exposés au virus H5 dans des bulles de laboratoire hautement sécurisées. On va comparer les niveaux de protection ainsi que le niveau d’excrétion des canards. Nos tests en laboratoires ont déjà établi que le vaccin réduit de 1 000 la quantité d’excrétion virale.

Le gouvernement a annoncé que le vaccin ne serait pas disponible avant l’automne 2023. Pourquoi un tel délai ?

C’est un calendrier uniquement déterminé par le ministère de l’Agriculture qui se donne le temps d’avoir les données scientifiques et administratives. Notre laboratoire ne cache pas sa frustration. Techniquement, nous pouvons aller plus vite et produire le vaccin sous 6 à 9 mois et rassurer, dès cet automne, les éleveurs qui ont déjà payé un lourd tribut.

Pour les poulets, le vaccin existe en revanche. La vaccination peut donc être mise en œuvre très rapidement…