Un Lot-et-Garonnais planté avec 100 000 arbres qu’il devait exporter en Ukraine

Benoît Escande parviendra-t-il à exporter ses arbres vers l’Ukraine ? Le pépiniériste saint-vitois veut encore y croire… Cela fait plusieurs années qu’il travaille son carnet de clients ukrainiens. 2022 devait concrétiser la première vente qui concerne près de 100 000 arbres, 100 000 jeunes pommiers âgés de 1 ou 2 ans.

Tous ont poussé en terre fertile, près de Fumel, puis ont été arrachés au moment voulu. Comme l’exige la norme en cas d’export, les racines ont été nettoyées. Ils sont aujourd’hui prêts à partir. Hélas, ils dorment dans des frigos à 2 degrés jusqu’à nouvel ordre. « Si on ne parvient pas à les vendre, cela représentera…

Benoît Escande parviendra-t-il à exporter ses arbres vers l’Ukraine ? Le pépiniériste saint-vitois veut encore y croire… Cela fait plusieurs années qu’il travaille son carnet de clients ukrainiens. 2022 devait concrétiser la première vente qui concerne près de 100 000 arbres, 100 000 jeunes pommiers âgés de 1 ou 2 ans.

Tous ont poussé en terre fertile, près de Fumel, puis ont été arrachés au moment voulu. Comme l’exige la norme en cas d’export, les racines ont été nettoyées. Ils sont aujourd’hui prêts à partir. Hélas, ils dorment dans des frigos à 2 degrés jusqu’à nouvel ordre. « Si on ne parvient pas à les vendre, cela représentera plus d’un demi-million de perte sèche pour nous, soit 10 % de notre chiffre d’affaires (estimé à 7 millions d’euros, NDLR). »

Trouver des camions

Un coup dur pour la pépinière Escande, qui se prend les pieds dans les branches depuis le début du conflit russo-ukrainien. « Ils sont sans doute au combat, ils ont pris les armes », avance le chef d’entreprise, inquiet pour ses clients avec qui il avait tissé des liens. « Ils sont venus plusieurs fois ici. J’y suis également allé. Je leur demande quasiment chaque jour des nouvelles. Ils m’ont répondu le 21 mars. Ils veulent toujours les arbres, mais il faut qu’ils trouvent des camions, des chauffeurs. Ils m’ont demandé d’attendre encore un peu… »

Le chef d’entreprise lot-et-garonnais avait également pour ambition de développer sa production sur le sol ukrainien. « Là-bas, la terre est fertile, l’eau ne manque pas et les gens sont sérieux. »

Benoît Escande exporte 50 % de sa marchandise en Europe, en Asie et en Afrique.

Benoît Escande exporte 50 % de sa marchandise en Europe, en Asie et en Afrique.

Loïc Déquier/ « SUD OUEST »

En ce début de printemps, Benoît Escande peut compter sur les rentrées d’argent émanant de l’Azerbaïdjan, de l’Ouzbékistan, des pays du nord de l’Europe où il commercialise également ses fruitiers. « Au début du conflit, la marchandise exportée en Azerbaïdjan a failli ne pas être payée. Les banques bloquaient l’argent, car il venait de fonds russes. Nous nous sommes battus, nous avons fini par gagner. » Le quinquagénaire a aussi reçu un acompte des Ukrainiens. Qu’ils peuvent à tout moment réclamer. La guerre est un cas de force majeure qui peut entrer dans les clauses d’une annulation de contrat. « On vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. À la fin de l’été, nous allons avoir un gros trou dans la trésorerie. »

La guerre est un cas de force majeure qui peut entrer dans les clauses d’une annulation de contrat

Quels autres marchés ?

Le pépiniériste espère alors écouler ses 100 000 arbres sur un autre marché gourmand en pommiers. « Je pense à l’Inde… Mais il faut un correspondant local pour que les affaires se fassent. » Et difficile en un mois de trouver preneur pour des milliers de plants… « Je me donne jusqu’à mai pour les vendre. Après, ce sera trop tard. Ils seront foutus. Il fera trop chaud. »

L’entrepreneur a bien pensé à certains pays du Nord, « mais ce sont des gens très organisés : même s’ils plantent plus tard, ils ont déjà effectué les commandes. » Le Saint-Vitois est prêt à activer d’autres moyens : il mise sur le salon Fruit Logistica qui se tient à Berlin du 5 au 7 avril. « Je parviendrai peut-être à alpaguer quelques clients… »

Quant à replanter, Benoît Escande l’exclut. « Cela nous coûterait trop cher. Et on se retrouverait l’année prochaine avec un stock trop important à écouler. » Ultime solution, qu’il espère éviter à tout prix : emprunter à nouveau pour couvrir cette perte.

Équilibres perturbés

Au-delà de ces 100 000 arbres qui dorment en chambre froide, le conflit ukrainien perturbe tous les équilibres à Saint-Vite et ailleurs pour l’agriculture. Ce n’est pas un scoop : les prix de l’énergie s’envolent. « Nous sommes de gros consommateurs de carburant… Dont le prix ne cesse d’augmenter. » Idem pour l’engrais. « Il y a également une pénurie de poteaux, de fil de fer nécessaires aux plantations. Et le Sival d’Angers nous a inquiétés : il n’y avait aucun client étranger… » Sans compter les tonnes de pommes polonaises, qui partent traditionnellement vers la Russie et qui vont se retrouver sur le marché européen. « Avec tous ces fruits, plus personne ne voudra planter. »

Les tonnes de pommes polonaises qui partent vers la Russie vont se retrouver sur le marché européen

Les difficultés s’enracinent pour Benoît Escande qui compte parmi les plus gros pépiniéristes de France. À ce contexte, s’ajoutent deux années traversées par la crise sanitaire et le gel du printemps. « Nous avons perdu des milliers d’arbres à cause du gel. Nous avons logiquement manqué de stock. » Le pépiniériste a été indemnisé. « Mais pas à la hauteur de la perte subie. »

Face à un tel concours de circonstances, Benoît Escande a écrit au préfet du Lot-et-Garonne. Il est également très attentif aux mesures proposées par le Premier ministre Jean Castex dans le cadre du plan de résilience… « Ces deux dernières années ont été difficiles. On a parfois envie de baisser les bras. Mais je ne peux pas. Pour mes 60 employés, mais aussi pour continuer à rembourser les banques. »