Un emploi sur-mesure pour reprendre goût à se former

Un serveur de l’hôtel Plaza Athénée, en août 2014 à Paris. Un serveur de l’hôtel Plaza Athénée, en août 2014 à Paris.

Se fonder sur les compétences et envies des demandeurs d’emploi pour répondre à des besoins inassouvis sur le territoire : tel est le projet de l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée » depuis son lancement en 2017, dans 19 zones de 5 000 à 10 000 habitants.

Dans les faits, un CDI, à temps choisi et nécessairement payé au smic, est proposé sans condition à chaque demandeur d’emploi de longue durée de la zone, inscrit ou non à Pôle emploi : les volontaires deviennent salariés d’une entreprise à but d’emploi (EBE), qui réalise des missions utiles localement, mais n’entrant pas en concurrence avec les entreprises de la région. 13 Avenir, qui œuvre dans des quartiers prioritaires du 13e arrondissement parisien, a un statut associatif.

« On a une vingtaine de métiers autour de quatre grands secteurs, énumère Elisa Lewis, directrice générale. Le réemploi de matériaux, les services à la population (conciergerie, médiation numérique pour des seniors en difficulté), les services aux autres employeurs du territoire (livraison à vélo de pain et de paniers bio) et l’animation d’un tiers-lieu dans un centre d’hébergement de l’Armée du salut (espace de coworking, restauration solidaire). »

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A l’embauche, un bilan individuel est organisé avec chaque salarié pour faire le point sur ce qu’il sait faire, et ce pour quoi il aimerait être formé au sein de l’EBE. Laure Descoubes est responsable du comité local pour l’emploi de Thiers (Puy-de-Dôme), qui comprend quatre EBE employant aujourd’hui 153 salariés. « On coconstruit les activités avec les personnes : par exemple, celles qui disent savoir coudre, mais aimeraient se perfectionner sur certaines techniques. »

Se libérer

Avant cela, des formations générales au « savoir-être » sont dispensées pour que les ex-chômeurs reprennent confiance : remise à niveau en informatique, autonomie, développement personnel… « Chez nous, explique Elisa Lewis, il y a un parcours d’intégration de deux mois proposé par Pôle emploi en amont de l’embauche. Les personnes sont accompagnées sur l’expression de leurs appétences. »

Puis des formations techniques sont proposées de manière individualisée, voire des formations qualifiantes de longue durée. « Dans chaque EBE, il y a un plan de développement des compétences et une priorisation des formations à opérer : comme dans une entreprise classique », rappelle Laurent Grandguillaume, président de l’association Territoires zéro chômeur de longue durée.

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Harry Françoise, ex-magasinier de 51 ans, s’est formé à la restauration grâce à Pôle emploi juste avant d’intégrer 13 Avenir, en 2018. Il gère aujourd’hui la cuisine du restaurant solidaire, qui sert trente couverts chaque jour. « J’ai d’abord été intégré par rapport à mes compétences de magasinier. Mais je voulais développer un projet de café solidaire : grâce à l’EBE, j’ai pu faire des nouvelles formations en restauration collective, en gestes et posture par rapport à la cuisine, en hygiène, une formation de sauveteur secouriste du travail… Un café solidaire est aussi venu nous former sur comment accueillir les clients. » Fier du chemin parcouru, il forme désormais ses collègues en cuisine et parraine des jeunes du quartier, pour « les aider eux aussi à reprendre confiance en eux ».

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