Un chantier de haut vol : une société périgourdine partie prenante du téléphérique de Toulouse

Téléo a été mis en service fin mai.

Téléo a été mis en service fin mai.

Laurent Theillet/« SUD OUEST »

Jérôme Agrafeuil, qui a repris la société en 2012 après l’accident de son père, a toujours rêvé d’orienter l’activité de l’entreprise, jusqu’alors essentiellement tournée vers les particuliers, vers les grands chantiers de travaux publics. Aussi a-t-il sauté sur l’occasion lorsqu’elle s’est présentée un jour de décembre 2018.

La déviation de Beynac les mène… à Toulouse

À l’époque, l’entreprise travaillait sur le chantier de la déviation de Beynac comme « locatier » de camions pour l’entreprise Bouygues. Une première encourageante pour la PME, qui n’a guère eu le temps d’en profiter. Le 18 décembre 2018, quelques mois seulement après le début des travaux, la justice a suspendu la construction du contournement voulu par le Conseil départemental pour désengorger la vallée de la Dordogne.

Un coup dur pour Agrafeuil, qui, à l’instar de toutes les entreprises retenues à l’issue de l’appel d’offres, s’est retrouvé tout à coup sans calendrier, sans trésorerie, sans visibilité. « On a été confronté à un grand vide, se rappelle Magali Estardier, la directrice déléguée de la PME. Les salariés n’avaient plus de travail, il a fallu renvoyer tout le monde chez soi. »

« Mes équipes n’avaient jamais travaillé en déplacement à l’extérieur aussi longtemps »

La situation aurait pu conduire la société à la banqueroute si les bonnes fées de Bouygues construction ne s’étaient manifestées. « Le constructeur venait d’être retenu dans le cadre de l’appel à projets lancé par l’Agglomération de Toulouse. Il nous a proposé de le suivre sur ce vaste chantier », rapporte Jérôme Agrafeuil.

Il n’a pas fallu bien longtemps au patron pour dire « oui ». « Mes équipes n’avaient jamais travaillé en déplacement à l’extérieur aussi longtemps, mais tout le monde a adhéré au projet sans difficulté », explique le PDG de la société de terrassement.

Sueurs froides

S’en sont suivis deux mois de réunions de calage, passage obligé avant le coup d’envoi du chantier programmé en septembre 2019. « En soi, le travail demandé n’était pas très différent de ce que l’on fait d’habitude, glisse la directrice déléguée d’Agrafeuil. Reste que la perspective de travailler en milieu urbain était pour la structure un vrai défi. Pour ne pas dire un casse-tête. « Nous avons eu quelques sueurs froides en débarquant sur le site du CHU de Rangueil, concède volontiers Jérôme Agrafeuil. Imaginez-vous, il y avait un gros talus coincé entre une série de bâtiments et rien d’autre. On s’est tous demandé comment une station du téléphérique allait pouvoir être aménagée à cet endroit. »

C’était compter sans les ressources humaines et les équipements à la pointe des équipes d’Agrafeuil. « On a profité de ce chantier pour investir dans l’achat de machines perfectionnées et on a même créé un laboratoire pour le recyclage des matériaux sur place », reprend Jérôme Agrafeuil. Des outils qui ont été utiles à l’entreprise pour conquérir de nouveaux chantiers d’envergure, qu’il s’agisse du terrassement d’un nouveau site d’enfouissement charentais ou de l’aménagement de la surface destinée à accueillir une plateforme de panneaux photovoltaïques à Narbonne, en partenariat avec la start-up bordelaise New Heat. « Ce chantier était une aubaine. Il nous a d’une certaine manière fait passer un cap en termes de notoriété, mais aussi d’état d’esprit. Aujourd’hui, tous les salariés de l’entreprise sont d’accord pour évoluer sur des chantiers situés à l’extérieur du département. »