Transport aérien : on redécolle mais on craint toujours le trou d’air

Les chiffres rassemblés par l’Union des aéroports français et francophones associés (UAF&FA) le démontrent. À ce jour, le transport de passagers est loin de s’être rétabli à son niveau d’avant crise. « On estime que nos aéroports pourraient retrouver en 2022 de l’ordre de 70 % de leur fréquentation de 2019, peut-être 80 % pour les plus dynamiques », souligne Thomas Juin, le président de l’association, par ailleurs directeur de l’aéroport de La Rochelle-Île de Ré. « Pour être à 100 %, il faudra probablement attendre 2024, au mieux. La pandémie risque donc d’affecter le trafic sur cinq longues années, avec non seulement une baisse de l’activité mais aussi une perte de croissance avérée. »


« Un vent d’optimisme » sur le tarmac

Ce constat effectué, Thomas Juin se réjouit de voir un « vent d’optimisme » gonfler les manches à air sur le tarmac. « L’offre en sièges est vraiment dynamique, les réservations aussi. Nous attendons un trafic soutenu, avec un retour en force des vols low cost. Nous entrons dans une saison clé », poursuit-il. Sur la carte de la DGAC (Direction générale de l’aviation civile), qui retrace les mouvements aériens du mois dernier, le nombre de vols fait plus que doubler par rapport à mars 2021. L’éventail des liaisons fleurit. Bordeaux-Mérignac, l’aéroport phare de la région, offre fièrement 89 destinations, dont 13 nouveautés en Europe et le retour de Turkish Airlines pour desservir Istanbul. Ryanair vient d’ouvrir une ligne vers Porto depuis Bergerac. La compagnie opérera bientôt un La Rochelle-Marseille. La renaissance prend corps en ce week-end de Pâques, où la foule se presse dans les salles d’embarquement.


L’embellie ne va pas sans quelques difficultés. À la faveur de la pandémie, des personnels ont décidé d’embrasser d’autres itinéraires professionnels. Pour la sécurité comme pour les assistants d’escale, certains aéroports ont du mal à tenir les effectifs nécessaires. D’autres nuages plus inquiétants s’amoncellent. Le premier a trait à l’agression russe en Ukraine et à la furieuse envolée des cours du pétrole qu’elle accélère. Sauf intermède, le prix du baril est solidement vissé au-dessus des cent dollars depuis la fin du mois de février. Il n’avait pas encore atteint 80 dollars dans les derniers jours de 2021. Cette volatilité se répercute directement sur le prix du kérosène. Le carburant de l’aviation civile étant détaxé, son tarif suit fidèlement celui du pétrole.

Le prix des billets tourné à la hausse

« C’est redoutable pour le transport aérien. Le carburant représente en moyenne plus du quart du prix du billet. La tendance de fond qui inscrit à la hausse les prix de l’énergie risque d’avoir deux conséquences : renchérir à terme le coût du voyage pour les passagers et menacer des lignes tout juste rentables », s’inquiète Thomas Juin. Les compagnies ne sont pas toutes logées à la même enseigne. Certaines d’entre elles s’appuient sur des contrats qui leur garantissent un approvisionnement à tarif fixe. C’est la « couverture carburant ».

« Pour le premier semestre 2022, les niveaux de couverture carburant des grandes compagnies aériennes mondiales sont très variables. Ces couvertures n’ont d’effets que temporaires et ces compagnies finissent par subir la hausse dès lors qu’elle est structurelle », juge Laurent Timsit, le délégué général de la FNAM, la Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers. Selon un document de l’IATA, l’Association du transport aérien international, Ryanair est couverte à 80 % pour la période janvier/juin, Air France-KLM à 68 %, easyJet à 60 %. Les géantes compagnies américaines comme Delta et United Airlines à… 0 %.