Tourisme : à Pessac, Make my van aménage des camions beaux comme des bateaux

Les codes du nautisme

Lorsqu’il a lancé son activité d’aménageur en 2013, Gaëtan Pellat de Villedon, le fondateur de Make my van, a commencé par répondre à des demandes de clients au coup par coup. « Je vendais des équipements, les gens aménageaient eux-mêmes leurs fourgons et nous sollicitaient quand ils avaient besoin d’aide. Comme j’avais envie de faire quelque chose de plus créatif que la vente, j’ai créé mon entreprise dédiée à l’aménagement sur mesure de véhicules de loisirs. » Un véritable pari à l’époque où le marché est dominé par quatre gros industriels du secteur qui misent tous sur le pas cher pour séduire une clientèle pas toujours très exigeante. Mais le jeune patron – la petite trentaine à l’époque –, qui vient du monde du nautisme, a une idée en tête, adapter les codes et les exigences des aménagements de bateaux aux camions, en faisant du sur-mesure et du haut de gamme. Cela passe par l’utilisation de matériaux nobles et de qualité, comme du chêne massif pour les planchers ou du métal pour les charnières des meubles. Le moindre détail est aussi pensé pour offrir la meilleure ergonomie possible à l’intérieur du véhicule, histoire de ne pas rentrer plein de bleus de son week-end, après s’être cogné vingt fois au coin de la table en voulant gagner son lit.

« Le camion s’est déringardisé »

En près de dix ans d’existence, Make my van a réalisé 250 projets, dont certains un peu fous comme celui de ce client qui voulait pouvoir rentrer sa moto dans son camion et quand même dormir dedans. Évidemment, tout cela a un prix. Les aménagements proposés sont en général plus chers de 10 000 ou 15 000 euros par rapport à la concurrence. Par exemple, pour un van avec un toit levant, proposé à 70 000 euros en grande série, il faut compter près de 85 000 euros pour du sur-mesure. Mais, il existe aujourd’hui une clientèle prête à mettre ce prix-là sans sourciller. Le prix de la liberté en quelque sorte. « Le camion s’est complètement déringardisé, souligne Gaëtan Pellat de Villedon. Il y a des gens qui me disent : « Je ne suis pas à 20 000 euros près », mais qui veulent quelque chose qui leur ressemble complètement. »

Les camions sont aménagés avec des matériaux de qualité.

Les camions sont aménagés avec des matériaux de qualité.

Stéphane Lartigue/ « SUD OUEST »

Même en occupant un marché de niche très porteur, comme toutes les entreprises, Make my van est aujourd’hui confrontée aux différentes pénuries et hausses de prix sur les matières premières. L’aménageur a déjà répercuté la hausse de ses coûts de production en augmentant ses prix de 5 à 12 %. Mais cela ne suffit pas forcément. « Certaines matières premières comme le plastique pour faire les réservoirs d’eau, par exemple, ont pris 100 %. Le bois a augmenté de 60 %. Sans compter, les incertitudes et les difficultés sur les délais de livraison des véhicules. » Pour l’entreprise, cela signifie des retards et des délais qui s’allongent. « Quand les gens mettent beaucoup d’argent dans un véhicule, ils s’attendent à l’avoir assez rapidement. Mais là, il faut compter entre 12 et 18 mois pour une livraison, soit pas avant l’automne 2023 au mieux pour une commande passée maintenant. »

Doubler la production en deux ans

Il n’y a pas de marque de luxe dans notre métier, c’est ce qu’on veut proposer

Malgré ces incertitudes, Make my van se réinvente pour grandir. L’entreprise va développer sa propre marque de véhicules aménagés haut de gamme, en petite série, baptisée Musher. « Il n’y a pas de marque de luxe dans notre métier, c’est ce qu’on veut proposer. Notre concept s’appuie sur un Mercedes Sprinter 4X4 équipé avec tout le savoir-faire acquis depuis les débuts de l’entreprise. » L’objectif est de doubler la production d’ici deux ans pour passer de 30 véhicules aménagés par an à 60 en 2024. L’activité d’aménagement sur-mesure ne sera pas totalement délaissée, mais ne concernera plus qu’une dizaine de projets chaque année, les plus pointus et les plus fous.