Tonnay-Charente : la Croix-Rouge pourrait vendre son château

L’affaire aurait pu en rester là, sans doute une fake news. Sauf que le directeur par intérim a évoqué le coup de fil de « Sud Ouest » en réunion devant tous les salariés, mi-janvier. Et le 25 janvier, les élus syndicaux ont posé la question en comité économique et social (CSE). Le site est-il en vente, oui ou non ?

C’est dans l’air

La réponse de Karen Brillat, directrice régionale de la Croix-Rouge et présidente du CSE, est éclairante. Selon le compte rendu écrit officiel du CSE, « elle fait une réponse négative ». Mais il y a une suite : « Tout en s’appuyant sur les différents échanges avec les directions nationales en lien avec le nouveau projet de l’offre et la pertinence de garder un établissement avec autant de volume à l’avenir. Cette réflexion doit être menée car, demain, un tiers des effectifs ne sera plus dans les murs. »

Le château de la Croix-Rouge et ses dépendances à Tonnay-Charente occupent une surface de 3 000 m².

Le château de la Croix-Rouge et ses dépendances à Tonnay-Charente occupent une surface de 3 000 m².

Kharinne Charov

En clair, le château n’est pas en vente aujourd’hui, mais pourrait l’être demain et en tout cas, la Croix-Rouge y songe. L’information n’était pas si mauvaise. Mais pourquoi cette idée ? Parce que comme le dit Karen Brillat, un « nouveau projet de l’offre » est en cours d’élaboration. De quoi s’agit-il ?

« Cette réflexion doit être menée car, demain, un tiers des effectifs ne sera plus dans les murs »

Actuellement, la Croix-Rouge à Tonnay-Charente, c’est un IMPro qui accueille 72 jeunes (2) de 14 à 20 ans souffrant de handicaps légers ou moyens. Elle emploie 48 salariés et dispose d’un internat de 37 lits. Les enfants vont en classe sur place et/ou en milieu ordinaire, toujours avec un enseignant spécialisé. Ils suivent aussi des ateliers préprofessionnels, et ont droit à du sport, des loisirs et des temps de foyer. Ils sont encadrés par des éducateurs, des moniteurs, des psys, des infirmiers, des aides-soignants.

Moins de monde demain

Demain, l’organisation devrait changer, voilà le fameux projet. À la demande de l’Agence régionale de santé (ARS) depuis deux ans, l’agrément de l’IMPro passerait à 60 places et un Sessad (service d’éducation spéciale et de soins à domicile) de 34 places ouvrirait. À budget constant. Il est question d’économies car un enfant « coûte » 43 000 euros par an en institution et 18 000 euros en Sessad.

Mais pas que. Les travailleurs sociaux savent que « le besoin de Sessad est réel et plus adapté à certains jeunes ». Même si « l’Éducation nationale n’a pas les moyens de l’inclusion, faute d’accompagnants d’élèves en situation de handicap ». Du coup, ils craignent un moindre suivi des enfants.

Ce château historique, ses dépendances et son parc pourraient fortement intéresser un promoteur.

Ce château historique, ses dépendances et son parc pourraient fortement intéresser un promoteur.

Kharinne Charov

En toute logique, avec un IMPro de moindre capacité et un Sessad dont les salariés suivent l’enfant à l’extérieur, le site actuel accueillera moins de monde. D’où la phrase de Karen Brillat sur « la pertinence de garder un établissement avec autant de volume à l’avenir ». Alors les employés s’interrogent. « On ne nous convie pas à participer à la réflexion sur l’immobilier », confient certains. Et ils savent que la Croix-Rouge a réduit le budget investissement de l’établissement, remettant souvent à demain l’entretien d’un château qui coûte cher.

Business dans l’immobilier

Ils sont d’autant plus inquiets qu’au plan national, « la Croix-Rouge est dans une logique de désinvestissement et de business dans l’immobilier ». Dans le livre paru en 2019 « Charité bien ordonnée, révélations sur la Croix-Rouge française », il est question de « politique financière et immobilière assumée dans un but de profit ». À La Rochelle, elle a vendu le centre de réadaptation Richelieu ; à Marmande, elle s’est désengagée de son lactarium ; à Paris, elle a quitté son siège national à l’hôpital Broussais pour une juteuse opération immobilière.

Quid du château de Tonnay-Charente demain qui, avec ses dix siècles d’histoire, ses 3 000 m² et son parc de 6 hectares, pourrait intéresser un promoteur ? La question reste entière et sera posée à chaque CSE par les élus qui considèrent que, sur le sujet, « la Croix-Rouge parle la langue de bois ». Ils défendront ce château « qui est un endroit super pour les enfants ».