Temps partiels, bas salaires, âge du permis D… les multiples causes de la pénurie de conducteurs scolaires

Dépôt de la compagnie de transport Linévia, à Missiriac (Morbihan), le 9 juin 2022. Dépôt de la compagnie de transport Linévia, à Missiriac (Morbihan), le 9 juin 2022.

De multiples facteurs expliquent la pénurie de main-d’œuvre dans le transport scolaire, entre autres branches du transport en tension. A commencer par l’organisation du métier, qui le rend peu attractif : à temps très partiel, avec des horaires contraignants rendant difficile le cumul avec un autre emploi, et faiblement rémunéré.

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S’ajoute une pyramide des âges vieillissante (51 ans en moyenne, contre 43 ans dans les autres métiers de la route), pour une profession considérée comme « de reconversion ». Elle est exercée notamment par des retraités de l’armée ou du civil désireux de compléter leurs pensions. Et l’abaissement de l’âge légal du permis D de 21 ans à 18 ans, en 2021, est encore trop récent pour avoir eu un effet.

La crise sanitaire a noirci un peu plus le tableau. Alors que le turnover était déjà important, la suspension du transport et des sorties scolaires a entraîné des départs vers le transport de marchandise et l’urbain, mieux rémunérés. Les formations ont, elles aussi, été suspendues, entraînant des retards. Conséquence de la pénurie : « Certaines entreprises refusent le marché, de peur de ne pouvoir assurer leurs lignes scolaires – elles encourent le cas échéant des pénalités financières », alerte Jean-Sébastien Barrault, président de la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV), estimant qu’il manquera au moins 8 000 conducteurs à la rentrée.

Une filière d’apprentissage spécialisée

La crise liée au Covid-19 est aussi venue percuter des PME fragiles, qui doivent aujourd’hui faire face, en sus, à l’explosion des prix du carburant. « Entre les départs en retraite et les démissions, avec minimum trois mois pour former un conducteur, les recrutements en cours ne sont pas assez importants pour couvrir le besoin », selon M. Barrault.

Les acteurs de la filière et les autorités en charge des transports planchent pour rendre les contrats des chauffeurs plus attractifs, notamment en cherchant les moyens d’augmenter le volume d’heures travaillées.

Parmi les pistes : le décalage des horaires d’entrée et de sortie des établissements scolaires (lycées, collèges, primaires) à l’échelle d’un bassin de vie afin de permettre d’enchaîner deux circuits avec le même véhicule et le même conducteur, ce qui permettrait d’augmenter la durée des contrats de travail. Cette option va être expérimentée dans le Grand-Est, dans le cadre d’une charte signée, en mars, avec les ministères du travail, des transports et de l’éducation nationale d’alors, et les autres branches du transport, visant à réduire les tensions de recrutement dans les prochaines années. Une filière d’apprentissage spécialisée (CAP) est aussi en cours de chantier avec l’éducation nationale.

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