Télévision : deux Bordelaises sur les traces de leurs ancêtres esclaves et négociants

À l’initiative du documentaire « Au nom de nos ancêtres, esclaves et négociants », on trouve Aurélie Bambuck, la fille des athlètes français Roger Bambuck et Ghislaine Barnay qui ont trusté les médailles dans leurs disciplines respectives : le sprint pour le papa, saut en hauteur pour la maman. Taiseux, ils n’ont que rarement abordé le sujet avec leur fille.

Aurélie Bambuck face à la statue de l’esclave Modeste Testas sur les quais de Bordeaux.

Aurélie Bambuck face à la statue de l’esclave Modeste Testas sur les quais de Bordeaux.

France 3 Nouvelle-Aquitaine

Aurélie a fait appel à Axelle Balguerie, elle-même descendante de négociants, armateurs et négriers, pour tenter de remonter chacune leur arbre généalogique et faire face ensemble à ce passé lié. Comme Aurélie, Axelle n’a que peu ou pas entendu parler sa famille du sujet de l’exploitation d’esclaves par ses ancêtres.

Paradoxe de l’histoire

Les armateurs bordelais ont déporté environ 150 000 Africains arrachés en toute légalité à leurs terres entre le XVIIe et le XIXe siècles. Ce trafic a profité aux familles de négociants comme celle d’Axelle Balguerie. « Je ne peux pas être responsable d’évènements qui se sont passés il y a deux cents ans », déclare-t-elle. Comme l’explique ici Hubert Bonnin, ancien enseignant à l’Institut d’études politiques de Bordeaux : « Les négociants s’impliquaient dans la vie de la cité. Pierre Balguerie faisait partie de la société qui a fait ériger le pont de pierre à Bordeaux. Il a mérité d’avoir un cours à son nom. Il a participé à la grandeur de la ville et de son port. » C’est tout le paradoxe de cette histoire…

Axelle Balguerie est une descendante de Pierre Balguerie.

Axelle Balguerie est une descendante de Pierre Balguerie.

France 3 Nouvelle-Aquitaine

Les non-dits s’expliquent, parce que ce n’était pas enseigné dans les livres d’histoire. « On cherchait plus une filiation avec des princes et des rois africains », raconte Aurélie. « Il ne faut pas taire que certains esclaves avaient eux-mêmes des ancêtres négriers », précise le militant associatif bordelais Karfa Diallo. Mais les valeurs marchandes ont fait oublier les valeurs humaines et dans les années 1790, Bordeaux devient même le premier port négrier français.

Ancêtres créoles

Axelle Balguerie découvre que l’un de ses ancêtres, Jean-Isaac était créole (on appelle ainsi les descendants de Français nés colonies intertropicales, notamment les Antilles). Et nous voilà partis sur les traces des aïeux de chacune des deux femmes. Après des recherches sur place, la Martinique, l’île natale de la mère d’Aurélie, tisse un lien direct avec la famille Balguerie.

Axelle Balguerie et Aurélie Bambuck aux Antilles.

Axelle Balguerie et Aurélie Bambuck aux Antilles.

France 3 Nouvelle-Aquitaine

C’est seulement en 1848, que les ancêtres esclavisés – terme désormais privilégié par de nombreux historiens – d’Aurélie Bambuck prennent le nom de Barnay. Et surprise, elle apprend qu’un certain Marius Barnay possédait sa propre plantation. La réalisatrice découvre aussi que Marie-Galante, en Guadeloupe, a vu naître tous les Bambuck antillais. Elle va fouler avec émotion la terre de ses ancêtres.

Ce documentaire permet d’avoir une vision assez claire de la problématique de l’esclavage dans les villes qui ont participé à la traite négrière. Un beau voyage dans l’histoire sans aucun tabou.