Téléphonie en Lot-et-Garonne : Sos, l’appel (à l’aide) ne passe toujours pas

Paraît-il que le bonheur est simple comme un coup de fil. À Sos, on le tutoierait presque mais voilà qu’il s’échappe invariablement comme un abonné absent chez qui le téléphone sonne dans le vide. Dans ce village de la campagne profonde, situé à 45 minutes de la première sous-préfecture, où il y a plus de pins dans la forêt que d’âmes dans le village (environ 700 au dernier recensement), à l’aube du troisième millénaire, on a fait sienne une chanson d’un autre temps, de l’époque…

Paraît-il que le bonheur est simple comme un coup de fil. À Sos, on le tutoierait presque mais voilà qu’il s’échappe invariablement comme un abonné absent chez qui le téléphone sonne dans le vide. Dans ce village de la campagne profonde, situé à 45 minutes de la première sous-préfecture, où il y a plus de pins dans la forêt que d’âmes dans le village (environ 700 au dernier recensement), à l’aube du troisième millénaire, on a fait sienne une chanson d’un autre temps, de l’époque des PTT, du cadran manuel et des indicatifs à six chiffres : « Le téléphone pleure », de Cloclo.

Sos ne serait pourtant pas à plaindre, en dépit de l’acronyme de détresse auquel sa toponymie renvoie : défiant son isolement, le village compte une école, un médecin, des infirmiers libéraux, une pharmacie, un Ehpad, une supérette, un boucher, un café, un restaurant et même une agence postale « ouverte tous les jours de la semaine ».

Oui mais voilà, il y a toujours de la friture sur la ligne. De quoi énerver le premier magistrat du village, Didier Soubiron, qui avait, il y a quelques mois, menacé de porter plainte en gendarmerie face aux dangers que courent ses administrés faute d’une couverture de téléphonie mobile digne de ce nom. « Suite à cela, j’ai été contacté par SFR, Orange et le Conseil départemental. Orange est même venu faire des mesures et le Conseil départemental a lancé une étude, mais la situation n’a depuis pas évolué », relate le maire de Sos dans son bureau, l’oreillette du téléphone sur le pavillon. C’est qu’à Sos, mieux vaut ne pas rater les appels quand ils passent. « Hier, il a fallu que je m’y reprenne à trois fois avant que cela ne fonctionne », soupire l’élu.

Une zone « grise »

« Il y a des jours où cela passe très bien et puis d’autres… Un opérateur m’a expliqué qu’en quelque sorte, on est dans la même situation d’une adduction d’eau de faible débit : plus on est nombreux à tirer sur le réseau au même moment, moins il y a d’eau… »

Au vrai, à Sos, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Dans le bourg, la qualité de connexion est bien meilleure qu’en périphérie. « À mon domicile qui se situe à l’extérieur du village, je ne capte pas », confirme Didier Soubiron. Selon l’opérateur choisi, les fortunes seraient aussi diverses. SFR à qui appartiennent les antennes perchées sur le château d’eau, lesquelles « arrosent » le village, serait un bien meilleur parti qu’Orange et Bouygues contraints d’être transportés par leur concurrent. « À vrai dire, nos problèmes seraient résolus depuis longtemps si nous étions en zone blanche, estime le premier édile sotiate. À Sos, on est dans une sorte de zone grise où on capte à certains endroits, à certains moments… »

Le réseau de téléphonique fixe ne serait pas au mieux. Ici, la casse d’un poteau laisse courir le câble à un mètre du sol.

Le réseau de téléphonique fixe ne serait pas au mieux. Ici, la casse d’un poteau laisse courir le câble à un mètre du sol.

Loïc Déquier/SUD OUEST

La faute à SFR ?

La faute, selon lui, à l’opérateur SFR qui a lésiné sur le nombre d’antennes 4G. « Elles sont plus puissantes, mais leur rayon d’action est moindre. Il en aurait fallu trois comme c’est le cas d’habitude et pas deux. J’ai contacté l’opérateur à ce sujet. En vain. On priorise les endroits où il y a le potentiel d’abonnés le plus important… Je sais qu’il y a des communes en France où les opérateurs font le siège des mairies pour installer des antennes… Ce n’est pas notre cas… »

Orange pourrait toutefois implanter une autre antenne 4G au pied du bourg de Meylan qui serait en mesure d’améliorer la situation. « Des études sont en cours, avance Didier Soubiron. Mais si elle est installée, ce ne sera pas avant deux ans. » Et le maire perd patience. « Cette absence d’une couverture de qualité pose plusieurs problèmes. Le premier : l’appel au secours. Des gens peuvent être dans l’incapacité de joindre les services d’urgence. Le recours au téléphone fixe ? Malgré le changement de 300 poteaux, le réseau est en piteux état… Il suffit d’un orage ou la chute d’une branche pour qu’il soit coupé. Et comme ce sont des pannes isolées, il faut parfois longtemps avant un rétablissement. Et enfin plus globalement, cette absence de couverture est un vrai frein au développement du village. On ne se ménage pas pour conserver une offre de services la plus complète. Mais pour les jeunes actifs, à l’heure du télétravail, ne pas pouvoir disposer d’une bonne connexion de téléphonie mobile, c’est rédhibitoire ! »

De la fibre laissée au bord de la route

Si à Sos, le téléphone pleure, la fibre est, elle, bien arrivée. Cela se voit même au bord de la route. Dans le secteur du château d’eau, on peut apercevoir des rouleaux de câbles de fibre optique pendus à un poteau. Mieux, au bord de la route, une tourette de câble a été visiblement abandonnée…