Sud-Gironde : « De plus en plus dur de vivre de son métier », l’éleveur de Noaillan tire la sonnette d’alarme

L’éleveur fait abattre une quarantaine de bêtes à l’abattoir de Bazas chaque année.

L’éleveur fait abattre une quarantaine de bêtes à l’abattoir de Bazas chaque année.

A.D.

Les coûts d’exploitation ont considérablement augmenté ces derniers mois. Dans le même temps, Tradisud, le co-actionnaire de l’abattoir de Bazas où il écoule une quarantaine de ses bêtes par an, n’a pu négocier qu’une augmentation de 5 % du prix de vente. « Cela faisait des années que je demandais une meilleure valorisation de ma production. Ma viande est vendue en circuit court, majoritairement au Carrefour Contact de Noaillan, le reste aux Halles du Midi et à l’Intermarché de Belin-Beliet », décrit Yannick Frège, 52 ans, installé depuis 1996 sur cette exploitation de 150 hectares, entre Noaillan et Leogeats.

Explosion des coûts de production

L’éleveur touche un peu plus de 5 euros le kilo (5,40 euros), sans la carcasse. La même viande est affichée sur l’étal du boucher entre 8 et 40 euros le kilo selon les morceaux. « La différence est énorme. Et encore, certains éleveurs sont moins payés que moi », constate ce naisseur-engraisseur qui nourrit ses Blondes d’Aquitaine avec du triticale, du maïs et du foin qui poussent sur ses terres. « C’est de plus en plus dur de vivre de son métier », constate-t-il froidement. Seules la valorisation de son fumier, vendu à des exploitations viticoles girondines pour l’amendement, et les aides européennes lui permettent d’équilibrer les comptes.

Les animaux de l’EARL de Pierran sont labellisés Boeuf de Bazas.

Les animaux de l’EARL de Pierran sont labellisés Boeuf de Bazas.

A. D.

« Je ne vois pas comment je vais pouvoir me dégager un revenu cette année », souffle l’agriculteur sud-girondin, qui a partagé ses difficultés avec le président du Conseil régional Nouvelle-Aquitaine. Alain Rousset est venu visiter l’exploitation fin mars. Une visite de courtoisie. « La situation en Ukraine aura des effets négatifs sur le prix des céréales et de l’énergie. Cela aura de grosses conséquences sur le monde agricole », a prédit le président Rousset.

Peu de perspectives

L’échange entre l’agriculteur et l’élu a été l’occasion pour ce dernier de rappeler sa volonté de créer une école de vétérinaires à Limoges. « Moins de la moitié des vétérinaires sont formés en France. Et quand ils s’installent, c’est en ville pour la plupart. » L’éleveur Yannick Frège confirme ce désert vétérinaire.

Yannick Frege a reçu la visite d’Alain Rousset sur son exploitation fin mars.

Yannick Frege a reçu la visite d’Alain Rousset sur son exploitation fin mars.

A. D.

Quelles perspectives pour cette grande exploitation qui nourrit les habitants du territoire ? « Il me reste 10 ans avant la retraite. J’ai du mal à me projeter. Je travaille seul sur cette exploitation. Ma fille ne prendra pas la suite. J’aimerais trouver un associé pour passer le relais en douceur. Mais je crois que l’élevage ne fait plus trop rêver », reconnaît-il. En juillet dernier, lors du passage du Tour de France dans le secteur, l’agriculture a été mise à l’honneur. Pas suffisant pour créer des vocations pour l’instant. Yannick Frege relance son invitation : « Ma porte est ouverte ».