Social : le nouvel âge des inégalités décrypté par François Dubet

La mélancolie, donc, qui affleure parfois dans ces pages n’est pas inerte ou amère. On pourrait dire que c’est une mélancolie active : François Dubet propose, en puisant dans ses travaux de sociologue, des clés pour décrypter ces mutations, et « repenser la solidarité ».

« Inégal en tant que »

Un monde se décompose, un autre est en train d’apparaître, sans que nous ayons encore les cadres intellectuels pour le comprendre. Dans le brouillard de cette transition, François Dubet met en lumière un aspect à ses yeux central de cette transformation, la multiplication à l’infini des inégalités.

Contre elles se construisaient les mouvements sociaux. Aujourd’hui, elles éloignent, voire entrent en concurrence

Longtemps, ces dernières rassemblaient. Contre elles se construisaient les mouvements sociaux. Aujourd’hui, elles éloignent, voire entrent en concurrence, car elles sont de plus en plus fractionnées, et vécues sur un mode individuel. « Le ‘‘régime des inégalités de classe’’ a fait place au ‘‘régime des inégalités multiples’’. Chacun est inégal ‘‘en tant que’’…   : en tant que salarié, que travailleur précaire, que chômeur, en tant que jeune ou vieux, homme ou femme, en tant qu’habitant tel type de quartier, en tant qu’appartenant ou non à telle minorité discriminée. »

Des inégalités exprimées sur un registre souvent plus affectif que politique. Chacun devient « son propre mouvement social » . « Alors que les inégalités de classe engendraient des conditions et des consciences collectives ‘‘protégeant’‘ la dignité des individus, quitte à les enfermer dans des destins et des communautés, le régime des inégalités multiples est perçu comme une série d’épreuves individuelles. »

« Classe moyenne » diluée

La notion de « classe moyenne », attrape-tout, a perdu de sa valeur scientifique. Dans les entreprises, ceux qui dirigent ne sont plus ceux, invisibles, qui possèdent, ceci contribuant à rendre plus illisibles encore les rapports sociaux.

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Comment, dans ce contexte « liquide », décousu, « faire société » ? Rebâtir une vision d’ensemble ? François Dubet invite, les politiques notamment, à orienter la réflexion vers trois terrains : la démocratie, l’éducation, et le travail, qui bien qu’atomisé, précarisé, doit selon lui demeurer, pour toute pensée de l’avenir, « le support de l’autonomie ».