Scandale P&O : Londres veut colmater en urgence les brèches du droit du travail britannique

Manifestation contre P&O après l’annonce du licenciement immédiat de 800 salariés de la société de ferrys, à Douvres (sud-est de l’Angleterre), le 23 mars 2022. Manifestation contre P&O après l’annonce du licenciement immédiat de 800 salariés de la société de ferrys, à Douvres (sud-est de l’Angleterre), le 23 mars 2022.

Le 17 mars, 800 salariés britanniques de la compagnie de ferries P & O apprenaient qu’ils étaient tous licenciés, avec effet immédiat. Ce licenciement de masse, brutal et illégal (la direction de P & O aurait dû respecter une période de consultation de quarante-cinq jours), a déclenché une mobilisation inédite des salariés et des syndicats, et obligé le gouvernement de Boris Johnson à réagir, pour tenter d’amender le droit du travail, jugé bien trop laxiste.

Mercredi 30 mars, le ministre des transports, Grant Shapps, a annoncé vouloir obliger toutes les compagnies maritimes opérant dans les ports britanniques à appliquer le salaire minimum. Auditionné le 24 mars par le Parlement de Westminster, Peter Hebblethwaite, le directeur exécutif de la compagnie britannique (filiale du conglomérat de Dubaï DP Word), avait avoué qu’il comptait payer en moyenne 5,50 livres sterling sterling (6,50 euros) l’heure les équipes censées remplacer les 800 salariés licenciés d’un coup. Alors que le salaire minimum, pour les travailleurs britanniques de plus de 23 ans, passe de 8,91 livres/heure à 9,50 livres/heure vendredi 1er avril.

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L’obligation d’un salaire minimum pour les salariés des ferries et cargos, quels que soient leur nationalité et leur pavillon, n’a été adoptée qu’en 2020 à Westminster, sous la pression du Parti travailliste, mais cette loi ne s’applique que dans les eaux territoriales britanniques : les ferries assurant les liaisons entre le Royaume-Uni et le reste du continent européen, dans le cas de P & O, ne sont, par exemple, pas concernées. S’exprimant à la Chambre des communes, M. Shapps a promis d’écrire aux opérateurs des ports britanniques pour qu’ils « refusent les compagnies ne payant pas le salaire minimum ». Un projet de loi devrait suivre, conférant de nouveaux droits statutaires aux ports.

« C’est trop peu, trop tard »

Le ministre a aussi proposé de modifier la législation du travail pour permettre aux tribunaux de sanctionner les sociétés qui abuseraient de la pratique dite du « fire and rehire » (« licencier et réembaucher dans la foulée », à des conditions nettement moins avantageuses). Bien que très controversée, elle reste autorisée au Royaume-Uni, et c’est elle que P & O semble avoir adopté : à en croire les syndicats, la compagnie propose aux personnels licenciés de travailler en sous-traitance à des conditions moindres. Le syndicat RMT accuse aussi P & O de vouloir réembaucher des marins indiens pour 1,80 livre sterling de l’heure. A l’avenir, les juges pourraient contraindre des employeurs peu scrupuleux à verser des primes plus importantes aux salariés licenciés.

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