Saujon : face aux difficultés de recrutement, l’hôtelière oppose sa passion du métier

Ces anciens salariés de l’hôtellerie de luxe ont bourlingué en Europe et au Moyen Orient avant de s’installer à leur compte depuis dix ans. D’abord à Agen (Lot-et-Garonne) puis à Saujon où ils ont racheté le Richelieu en 2020. « L’océan nous attirait », avoue l’hôtelière.

S’ils avaient déjà connu des difficultés à recruter à Agen, le couple Duverneuil constate qu’en Charente-Maritime, l’écueil est démultiplié. « En août, il y a dix fois plus de clients qu’en janvier. Et le problème du logement est incroyablement compliqué dans la région. Déjà, nous avons fait une croix sur les stagiaires, ils ne trouvent jamais de solution économique. »

9 000 vues, trois CV

Au Richelieu, ils emploient deux personnes à l’année, en plus de la fidèle Marine qui « vit ici sa meilleure vie » d’alternante en BTS. Mais il faut deux renforts en saison.

Anticipant la difficulté, Amandine a posté en mars sur sa page Facebook une offre d’emploi saisonnier. « L’annonce a enregistré 9 000 vues et a été partagée 137 fois. J’étais confiante. Mais je n’ai reçu que trois CV. »

Nous proposons un emploi à la carte. CDD, CDI, à temps partiel, à temps complet… Il faut être souple

Comme ses 30 confrères de la chaîne hôtelière Logis dans le département – dont elle est la porte-parole –, Amandine Duverneuil cherche des femmes ou des valets de chambre. Mais la tâche est physique, ingrate. « Nous avons eu une réflexion collective et nous avons proposé de faire évoluer le poste en employé polyvalent. C’est moins répétitif, moins fatigant et plus valorisant car en plus des chambres, ils s’occupent des petits-déjeuners et des départs à la réception. »

Nouvelle vision du travail

Le couple a également compris qu’il fallait ouvrir le recrutement. « En fait, nous proposons un emploi à la carte. CDD, CDI, à temps partiel, à temps complet et avec deux jours de repos consécutifs… Il faut être souple. »

Car les métiers de l’hôtellerie nécessitent de travailler les week-ends, avec des horaires décalés et Amandine Duverneuil sait bien que depuis la crise du Covid-19, « cet aspect n’est plus tolérable pour une bonne partie de la population. Les confinements ont changé la vision du travail ».

Amandine Duverneuil devant l’ardoise qui fait la promotion de son hôtel « pas en bord de mer » avec le sourire.

Amandine Duverneuil devant l’ardoise qui fait la promotion de son hôtel « pas en bord de mer » avec le sourire.

N. D.-P.

Ce point qui rebute les travailleurs, le couple a du mal à l’appréhender tellement ils ont la passion de leur métier chevillée au corps. Amandine Duverneuil est d’ailleurs mentor sur le site Internet myjobglasses. Bénévolement, elle répond aux questions des 15-30 ans pour montrer à quel point son métier est « fantastique ».

« Je ne suis pas d’accord quand on me dit que les jeunes ont perdu la notion travail », se défend Amandine. « Mais c’est vrai, qu’ils ne veulent plus sacrifier leur vie privée au profit de leur métier. Sur cet aspect-là, il y a un énorme fossé entre les générations. Je comprends qu’ils ne veuillent plus travailler les week-ends mais ça va revenir car cette profession est tellement incroyable et complète. »

Des salaires revalorisés

Sur le sujet des salaires, jugés trop bas au regard des sacrifices personnels, Amandine Duverneuil rétorque qu’ils ont été revalorisés à la suite d’accords de branche de la convention collective. Au Richelieu, on gagne 1 390 euros nets pour 35 heures avec « deux jours de repos consécutifs », insiste l’hôtelière. Leurs deux employées à l’année y trouvent leur compte. « J’ai embauché Laure qui a 57 ans et qui avait postulé en tant que saisonnière et Alessandra, une jeune femme ukrainienne. Grâce au ministère de l’Intérieur, nous avons obtenu les papiers l’autorisant à travailler en 24 heures. »

Où trouver les deux personnes qui manquent alors que juillet arrive à grands pas ? « Je sais que certains de nos confrères à Royan vont être obligés de fermer des étages s’ils ne trouvent pas. Pendant le marathon, un hôtel a refusé du monde par manque de bras », regrette la professionnelle. « Il est toujours dommage de se dire que l’on sera obligé de fermer la réception plus tôt par exemple. D’autant plus que la clientèle devient de plus en plus exigeante. »

Dans la pire des configurations et sans renfort, les Duverneuil savent qu’ils pourront compter sur Margaux, 16 ans, l’une des trois enfants du couple. « Elle sera pompier en cas de coup dur », sourit Amandine…