Salon de l’agriculture à Bordeaux : qu’en attendent les producteurs, les éleveurs et le public ?

Les agriculteurs sont devenus comme avec les acteurs de la santé, ceux qui sont restés au front

Depuis deux ans, il s’est passé des événements qui bousculent leurs relations : le Covid et ses confinements ont accéléré le développement de l’approvisionnement de proximité, la guerre en Ukraine a mis le feu…

Les agriculteurs sont devenus comme avec les acteurs de la santé, ceux qui sont restés au front

Depuis deux ans, il s’est passé des événements qui bousculent leurs relations : le Covid et ses confinements ont accéléré le développement de l’approvisionnement de proximité, la guerre en Ukraine a mis le feu aux prix de l’énergie et des céréales avec un impact évident sur le modèle économique du producteur et sur l’assiette du consommateur et les crises de grippe aviaire ont férocement balayé les élevages de volailles. L’agribashing est oublié. Les agriculteurs ont changé de statut aux yeux du grand public en devenant comme avec les acteurs de la santé, ceux qui sont restés au front et ont fourni l’essentiel. À cela s’ajoute l’urgence climatique dans laquelle l’agriculture a un rôle primordial à jouer. Alors qu’attendent-ils tous du salon de l’agriculture ?

1 Et si on sortait du champ

Quentin est un peu excité. Ce salon, et plus particulièrement ce marché des producteurs dans lequel il a installé son stand, est une première pour lui. Il y a encore cinq ans, il était ingénieur informaticien et souhaitait sortir de ses seules relations avec l’écran. Il s’est formé pour devenir responsable d’une exploitation agricole. Il a commencé par revendre les animaux des autres aux Chartrons avant de trouver des terres à Lagorce (33) et, en janvier dernier, de sortir sa première production de poulets de chair fermiers. Quentin fait désormais ce qu’il souhaitait : proposer des volailles de qualité, les cuisiner à sa façon, et les vendre à des prix accessibles. Le salon est une vitrine de plus.

Eux aussi ils débarquent pour la première fois au parc des expositions de Bordeaux quand chaque année ils sont présents au Salon de l’agriculture à… Paris. En 2022, l’association Chez les Landais et les cinq familles de producteurs et restaurateur qui la composent ont zappé Paris pour le salon de l’agriculture néo-aquitain. Elles ont même mis en place des cars depuis les Landes pour faire venir des visiteurs de leur département. Leur ambition ? « Montrer que nous avons des modèles de production différents et que nous partageons pourtant les mêmes valeurs. Nous profitons de cet événement pour inviter nos parties prenantes et nous connecter avec le consommateur », souligne Patrick Larrère, une des composantes du groupe. Le stand restauration de Chez les Landais va résonner aux sons des bandas tout en proposant de parler des choses importantes comme de l’impact de l’élevage sur l’écosystème. Et ce avec la bénédiction d’Édouard Bergeon, réalisateur du film « Au nom de la terre », qui a filmé les Landais pour sa chaîne YouTube éponyme ; il sera présent vendredi.

Quentin Flayac a lâché l’informatique pour l’élevage de poulets de chair. Il expose pour la premier fois au marché des producteurs.

Quentin Flayac a lâché l’informatique pour l’élevage de poulets de chair. Il expose pour la premier fois au marché des producteurs.

Jean-Maurice Chacun/»SUD OUEST »

2 Élevage : la médaille du savoir-faire

Marc est venu de l’Ariège avec deux de ses protégées, et Christian et son fils Thibaud de Charente. Ils sont éleveurs de Limousines. Heureux de se retrouver au salon et d’aller se confronter avec d’autres éleveurs sur le ring central. Leurs bêtes à concours sont bichonnées et cajolées. « On est fiers de venir défendre notre savoir-faire. Car élever un animal pour qu’il ait de belles caractéristiques tout en faisant en sorte qu’il vive bien, c’est du travail », lâche Marc.

« Quand tu es chez toi, ta Limousine est la plus belle. Quand tu arrives au salon, tu te rends compte que d’autres le sont sinon plus, du moins tout autant. Et si ta vache est primée, tu t’offres dune visibilité et une reconnaissance pour tout ton élevage », argue Christian. Chaque animal a sa petite fiche d’identité exposée aux yeux du public et qui suscite des questions. On amorce le dialogue avec l’agriculteur. La glace est brisée.

Pour ce week-end d’ouverture, ce sont les Limousines qui étaient à l’honneur et en concours.

Pour ce week-end d’ouverture, ce sont les Limousines qui étaient à l’honneur et en concours.

Jean-Maurice Chacun/»SUD OUEST »

3 On lorgne sous l’assiette

C’est un rituel pour Catarina, Jérôme et leurs filles de 12 et 8 ans, domiciliés à Bruges (33) : chaque année ils viennent au Salon de l’agriculture dans le cadre de leur visite de la foire. Pourquoi ? « Pour goûter un jambon de Bayonne et le comparer à un jambon industriel. Pour comprendre comment les agriculteurs s’en sortent. Pour découvrir de nouvelles adresses de vente directe et de circuits courts », souligne Jérôme.

Orléanaise, Solange a été invitée par sa fille Laure qui vit à Bordeaux depuis onze ans. « J’ai l’habitude de m’intéresser à ce qu’il y a dans mon assiette. Je connais bien la Foire de Chalons en Champagne. Je suis venu au salon néo-aquitain pour découvrir des spécialités. » On caresse les animaux. On se questionne. On échange. On hume et on déguste.