Rodéos urbains en Gironde : vendredi, tout n’est pas permis au volant

Les « drifts » avec étincelles et crissements de pneus et « burns » enfumés ne tardent pas…

Les « drifts » avec étincelles et crissements de pneus et « burns » enfumés ne tardent pas à aimanter les spectateurs dans une odeur de gomme brûlée. Le divertissement est filmé. Et constaté par les policiers, priés par le ministre de l’Intérieur d’intensifier les contrôles visant à lutter contre les rodéos urbains motorisés. La « répétition de façon intentionnelle de manœuvres constituant des violations d’obligations particulières de sécurité ou de prudence ». C’est le sens de la loi du 3 août 2018.

Sur les parkings du centre commercial de Bordeaux-Lac, « drifts » avec étincelles et « burns » enfumés aimantent les spectateurs dans une odeur de gomme brûlée.

Sur les parkings du centre commercial de Bordeaux-Lac, « drifts » avec étincelles et « burns » enfumés aimantent les spectateurs dans une odeur de gomme brûlée.

Fl.M.

Briefing au commissariat

Un peu plus tôt, dans les locaux de l’hôtel de police, l’heure est au briefing. 75 policiers de la Direction départementale de la sécurité publique, en tenue ou en civil, à pied, à moto ou en fourgon plus une demi-compagnie de CRS sont mobilisés pour l’occasion, avec l’appui aérien de l’hélicoptère de la gendarmerie. Debout, concentrés, concernés, les policiers écoutent les consignes, visualisent grâce à une carte sur grand écran les lieux des runs, les endroits où se « mettre à l’abri visuellement » et les points à « prendre ».

Ils savent que leur scénario reste théorique. La semaine précédente, lors d’une opération similaire, une McLaren a été saisie. Les participants aux courses sauvages seront peut-être échaudés.

« Bordeaux-Lac, c’est pour montrer sa voiture, faire rugir le moteur, faire quelques accel’et figures. C’est plus un lieu de rassemblement avant de se passer le mot pour aller jouer ailleurs », explique le commissaire qui supervise le dispositif. Les bandes rugueuses et autres aménagements urbains ont repoussé les adeptes plus à l’ouest. Vers l’avenue Marie Curie à Mérignac (Gironde). Une très prisée ligne droite de deux fois deux voies, longue de plusieurs centaines de mètres, sans ralentisseur, qui dessert principalement des entreprises le jour et se retrouve privatisée pour courses certaines nuits.

« Évidemment, on ne va pas montrer qu’on est une armée ce soir, on va récupérer des forces au fur et à mesure dans la soirée », poursuit le commissaire qui désigne sur l’écran, les blocstop qui rendent une rue sans issue, « les policiers en civil qui jouent les passants qui passent », les « zones d’attente opérationnelles » et donne le code du top « pour voir ce qu’il y a dans l’épuisette ». Le périmètre sera alors bouclé, les véhicules ainsi que leurs conducteurs et passagers contrôlés un par un.

Les policiers ont bouclé un périmètre d’entrées et de sorties et contrôlé de nombreux véhicules.

Les policiers ont bouclé un périmètre d’entrées et de sorties et contrôlé de nombreux véhicules.

L.V./DDSP33

Frôlés par les bolides

Les policiers ont vu juste, comptant plus de 300 personnes. Le terre-plein et le trottoir de l’avenue se chargent rapidement de spectateurs en mal de sensations fortes, frôlés par les bolides. Pour alimenter leurs réseaux sociaux, certains donnent des coudes, s’approchent dangereusement, mettent un pied sur la chaussée. Les automobilistes prennent la route pour une piste de course automobile et accélèrent encore et encore, en pleine démonstration de maîtrise.

« Le but de ce dispositif est de prouver judiciairement par nos constatations que des infractions ont été commises », résume le DDSP, Emmanuel Morin. Le commissaire général rappelle qu’au-delà « des peines de prison et d’amende qui peuvent aller jusqu’à 5 ans et 75 000 euros quand on conjugue les circonstances aggravantes de réunion ou de conduite en état alcoolique ou sous stupéfiants, il y a les peines complémentaires qui peuvent faire mal comme l’annulation du permis et la confiscation du véhicule ».

Vendredi – les policiers ont mené une demi-douzaine d’opérations visant les voitures et les scooters ce week-end – plus de 50 véhicules ont ainsi été listés et contrôlés. Cinq jeunes, dont un pilotait un TMax, ont été interceptés à Bordeaux et Mérignac et placés en garde à vue. Plaidant coupable, ils seront sanctionnés ultérieurement. Les cinq véhicules ont été saisis.