Rochefort : la ville moyenne, un territoire privilégié pour une expérience écologique et démocratique ?

Si le responsable scientifique, Guillaume Faburel, professeur à Lyon 2 et à Triangle ; Fanny Ehl, doctorante à Lyon 2 ; et Fabian Léveque-Carlet, doctorant à l’université de Lyon et à Triangle, ont choisi Rochefort, c’est pour « mettre un coup de projecteur sur les reconfigurations urbaines à l’œuvre afin de questionner les manières de vivre une ville moyenne et les devenirs possibles ».

Rochefort est une ville où tout peut se faire à pied, même aller à la campagne toute proche.

Rochefort est une ville où tout peut se faire à pied, même aller à la campagne toute proche.

Pascal Couillaud

Ville moyenne, territoire privilégié ?

Ce travail fait le pari des villes moyennes. Les chercheurs ont voulu se détacher d’une approche généraliste qui recommanderait les mêmes stratégies territoriales homogénéisantes, calquées sur les grandes villes. « Et si les villes petites moyennes étaient aujourd’hui des territoires privilégiés pour des trajectoires écologiques, sociales et démocratiques qui bifurqueraient des grands modèles métropolitains ? », se demandent-ils.

Écouter des habitants permet d’interroger autrement les villes moyennes comme Rochefort

Dans cette perspective, ils sont partis du terrain en s’entretenant avec 30 Rochefortais habitant près des Chemins blancs, de la rue Amiral-Meyer et de la Casse-aux-prêtres. Des quartiers pas choisis au hasard. « Ils font l’objet d’opérations d’urbanisation discutées et ont constitué des supports concrets pour interroger les dynamiques en cours sur le territoire. » Puis deux ateliers prospectifs ont réuni 15 habitants pour aboutir à des cartographies de Rochefort à horizon 2040.

Non à la ville-dortoir

Que retenir de ce travail ? D’abord un vrai plaisir à habiter Rochefort, pour sa vie apaisée, son cadre privilégié, en particulier pour ceux qui ont fui la grande ville et ses rythmes intenses. Voilà pourquoi ces habitants sont inquiets quant aux « projets d’urbanisation annoncés, au risque d’une extension outrancière de la nappe urbaine ». Ils ne veulent pas que Rochefort devienne une ville-dortoir de La Rochelle. Et ils préconisent la rénovation des logements vacants et la récupération de ceux dédiés aux touristes. Tous demandent un débat sur la taille limite de la ville.

Inquiétudes aussi par rapport aux orientations économiques annoncées sur le développement de l‘aéronautique et du tourisme, fragilisés par la crise sanitaire. « Les habitants craignent des annonces de fermeture et de licenciements qui déclasseraient la ville, augmenteraient la précarité et renforceraient son image de ville fantôme. » Le développement du tourisme thermal et saisonnier est mieux perçu, « à condition qu’il ne verse pas dans la dénaturation, à l’image du parcours « Oceana Lumina », qualifié de « bling bling », de « projet XXL » et coûteux. » Les habitants craignent aussi « des stratégies à peine voilée de renouvellement social de la population ».

Aménagement d’un autre temps

Les habitants ont aussi évoqué un territoire fragilisé par des industries polluantes (Timac, NDC Foundry, incinérateur) ; par la monoculture céréalière polluante et destinée à l’export ; par les sécheresses et par le risque de submersion. « Les manières d’aménager le territoire sont estimées d’un autre temps, là où une politique active devrait libérer des espaces de l’artificialisation pour des formes d’agriculture urbaine et de subsistance par exemple. »

Les trois marchés hebdomadaires de Rochefort contribuent à l’art de vivre.

Les trois marchés hebdomadaires de Rochefort contribuent à l’art de vivre.

Xavier Léoty

Pour finir, les habitants veulent renouer avec le sens des limites : fléchir sa consommation (moins d’emballages, moins de trajets en voiture, moins d’énergie) ; abaisser ses besoins (maisons plus petites, jardinage) ; ralentir son rythme de vie ; trouver du sens à sa vie ; être solidaire ; être plus autonome. Enfin, « pour lutter contre le sentiment d’impuissance, il faut refondre la manière de faire politique ».

Du grain à moudre tant pour les habitants qui veulent peser dans les affaires publiques, que pour le politique qui entend dessiner la ville de demain.