Rocade bordelaise et poids lourds : l’étude qui casse les idées reçues

Beaucoup d’automobilistes bordelais tiennent pour acquis cet axiome : « C’est le trafic des poids lourds en transit qui est l’origine de la congestion de la rocade. » Le fameux « mur de camions » qui bloque la file de droite est hélas devenu l’un des monuments les plus (involontairement) visités de la métropole. Mais si on connaît précisément le nombre poids lourds et de véhicules légers sur la rocade, aucune enquête n’avait jamais permis d’isoler la part des convois routiers « en transit ». C’est chose faite.

La moitié des poids lourds sur la rocade-est est en transit. L’autre moitié dessert l’agglo.

La moitié des poids lourds sur la rocade-est est en transit. L’autre moitié dessert l’agglo.

« Sud Ouest »

L’étude permet de distinguer deux réalités : « La part des poids lourds ne représente ‘‘que’‘ 16 % sur la rocade-est, et 4 % sur la rocade-ouest. À l’ouest, le trafic des poids lourds en transit est inexistant. Et à l’ est, un poids lourd sur deux est en transit », indique Monique Bouleau. « Ils y représentent donc 8 % du trafic total. » Moins d’un véhicule sur 10. Les accuser d’être les premiers responsables des bouchons est donc une piste de travail vouée à l’impasse.

Pas mal de propositions ont pourtant été émises en ce sens : interdire la circulation des camions en transit aux heures de pointe, ou bien les soumettre à un péage. « Ce sont des ‘‘solutions’’ qui poseraient de nouveaux problèmes – où créer des parkings… Et qui, en fait, ne changeraient pas grand-chose à la situation », craint l’urbaniste économètre.

Surfaces et heures de pointe

On pourrait opposer à l’étude qu’elle prend en compte le nombre de véhicules, sans faire le distinguo des surfaces de voirie occupées par chacun. Un ensemble routier prenant beaucoup plus de place qu’une auto. « Il n’existe pas de méthode faisant consensus à ce sujet, relève Mireille Bouleau. Mais même si on prend une hypothèse haute – un camion égale 2,5 voitures – on arrive à un tiers de la voirie occupée par les camions (soit une file sur trois), dont la moitié est en transit ». Pas « tant » que ça.

Les poids lourds en transit ont en fait déjà tendance à éviter de circuler sur la rocade aux heures de pointe.

Les poids lourds en transit ont en fait déjà tendance à éviter de circuler sur la rocade aux heures de pointe.

« Sud Ouest »

Autre enseignement, quand on regarde la répartition horaire des camions sur une journée : « On se rend compte qu’ils ont déjà tendance à éviter de circuler aux heures de pointe. »

La morale de l’histoire, c’est que la majorité des camions dessert l’économie locale et les besoins des métropolitains. Les derniers chiffres montrent d’ailleurs une hausse du trafic poids lourd en lien avec le développement des commandes en ligne et de l’e-commerce. « S’il y a une solution à chercher, elle est donc au niveau global, conclut l’urbaniste. Ce n’est pas forcément vers des mesures de limitation des camions en transit qu’il faut se tourner pour espérer désengorger la rocade. D’ailleurs, à l’ouest, ils ne sont pas présents, et le trafic y est très, très saturé. »

« Ce n’est pas forcément vers des mesures de limitation des camions en transit qu’il faut se tourner pour espérer désengorger la rocade »

Une solution globale devrait à la fois intégrer « les véhicules légers, les livraisons en camion, la logistique du dernier kilomètre, le réseau de transport… sans oublier le recours au télétravail, dont on a bien pu mesurer les effets lors des confinements », énumère Mireille Bouleau.

Bref, si les métropolitains veulent en finir avec leurs bouchons, il va falloir cesser de jeter la pierre à l’étranger de passage et changer ses propres habitudes…