Rendre « sexy » le métier de plombier : l’école qui veut changer l’image des métiers du bâtiment

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Publié aujourd’hui à 00h52, mis à jour à 02h02

Ça fuse, ça crépite, ça scintille de tous les côtés. C’est un mercredi après-midi classique à Clichy (Hauts-de-Seine) : une trentaine de reconvertis à la plomberie s’entraînent à la soudure sur des tubes en acier. « Ils sont tout de suite dans le concret et les étincelles, c’est la fête ! », se réjouit Marie Blaise, 28 ans, directrice et cofondatrice de la toute jeune école Gustave, dont la quatrième promotion a commencé sa formation en plomberie chauffage, façon « bootcamp » [camp d’entraînement] pendant trois mois intensifs, avant de partir pour douze mois d’alternance en entreprise.

Sofiane Issad (au centre), 35 ans, formateur en plomberie à l'école Gustave. A Clichy (Hauts-de-Seine), le 30 mars 2022. Sofiane Issad (au centre), 35 ans, formateur en plomberie à l'école Gustave. A Clichy (Hauts-de-Seine), le 30 mars 2022.

Dans un univers comparable à celui des start-up, Gustave – un clin d’œil au grand bâtisseur Eiffel – cherche à rendre « sexy » une filière souvent dénigrée : celle du BTP. L’école, issue de l’économie sociale et solidaire, veut donner à tous, sans condition de diplôme, « la chance d’accéder à des jobs incroyables dans un secteur en croissance ».

Pôle emploi compte, en 2022, près de 235 000 offres destinées à des ouvriers de la construction et du bâtiment. Pour 75 % de ces postes, les employeurs vont rencontrer des difficultés à recruter. Les maçons, les plombiers chauffagistes, les électriciens, les couvreurs et les charpentiers représentent les cinq métiers les plus en tension de la branche.

Susciter des vocations

« La question de l’attractivité est récurrente, on la traite depuis des années. On a toujours besoin de main-d’œuvre. Même en période de crise, il y a du travail. Dans la construction, c’est open bar », confirme un représentant de la Fédération française du bâtiment (FFB), qui regroupe les plus grosses entreprises comme Bouygues ou Eiffage, mais aussi des structures avec une poignée de salariés. Une campagne de sensibilisation, diffusée notamment sur TikTok et Instagram, tente d’attirer de nouveaux profils : « On imagine assez mal une vie sans bâtiment… mais on peut facilement imaginer une carrière dans le bâtiment », assure la voix off.

D’après l’Observatoire des métiers du BTP, 71 % des 320 000 personnes recrutées en 2020 n’avaient jamais travaillé auparavant dans le bâtiment ou les travaux publics, et 21 % avaient moins de 25 ans. « L’éternel défi, c’est de trouver du personnel qualifié, rentable, qui a un diplôme et de l’expérience professionnelle », fait valoir le représentant de la FFB interrogé.

D’où l’idée de susciter des vocations. A l’école Gustave, campée au premier étage d’un immeuble ultramoderne avec vue sur la Seine, le fracas des machines détonne derrière la façade aseptisée. « On voulait s’installer dans un bel endroit, pas au milieu d’une zone industrielle moche, détaille Marie Blaise. C’est aussi ça, redorer le blason des métiers du bâtiment. »

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