Remise sur les prix de l’essence : en Gironde, « on va dire que c’est redevenu moyennement raisonnable »

La station-service où il a fait le plein se trouve sur la N89 en direction de Libourne et de l’autoroute pour Lyon. L’affluence est celle d’un jour comme les autres. Sur ce tronçon, si rush il y a, ce sera à la sortie des bureaux, nous dit-on.

Jusqu’au 31 juillet

Il est 13 h 30 et certains ont visiblement transformé la pause déjeuner en pause essence. Une heure plus tôt, une cinquantaine de voitures attendaient leur tour devant les pompes d’une grande surface de Bouliac. Un phénomène pas si passager que ça finalement, puisque sur les coups de 14 h 30, il y en avait toujours autant.

« Il y a deux fois plus de monde que d’habitude », constate, non loin de là, le client d’une petite station. Entre deux et cinq véhicules par ligne, ça allait encore. Surprise toutefois quand un automobiliste ouvre son coffre, où sont alignés des jerricans. « Je vais faire deux pleins, l’un pour la voiture, l’autre avec les bidons, explique l’intéressé. J’ai 100 litres en jerricans. » Pour anticiper quoi ? Une nouvelle envolée ? « Le sans-plomb à 1,5 ou 1,60 euro, c’était acceptable, juge-t-il. Mais à plus de 2 euros, c’est hors de question. »

Certains ont même rempli des jerricans pour faire du stock.

Certains ont même rempli des jerricans pour faire du stock.

Guillaume Bonnaud/ « SUD OUEST »

À Lormont, le conducteur d’un transport médicalisé, qui vient de raccrocher le pistolet, s’étonne à distance de ce genre de précautions. « Le rabais, c’est jusqu’au 31 juillet, rappelle-t-il. Je ne comprends pas pourquoi les gens s’affolent aujourd’hui. » Vu le grand nombre de pompes à disposition dans cette station d’hypermarché, cela restait très fluide, même s’il fallait patienter un peu plus que d’habitude, à en croire un habitué. Une affichette explique le mécanisme gouvernemental : « À compter du 1er avril 2022, vous bénéficiez d’une remise de 15 centimes d’euro hors taxe par litre, prise en charge par l’État, soit 18 centimes TTC par litre. » Cette dernière précision avait échappé à Marie, qui avait gardé en tête la ristourne de 15 centimes annoncée le 12 mars par le Premier ministre : « Quand j’ai entendu parler de 18 centimes ce matin, je me suis dit que c’était sans doute un poisson d’avril. »

« Incroyable, j’hallucine »

Ici comme ailleurs, tout le monde n’était pas au courant, ou alors vaguement. « Incroyable, j’hallucine, sourit Franck. Je ne roule qu’à moto. J’ai un tout petit réservoir. Ce matin, je n’en ai eu que pour 8 euros. » À partir de 2,20 euros le litre, Aaron avait décidé d’arrêter les frais. Pas plus de 20 euros à chaque passage. Cette fois, il a fait le plein. « Quand j’ai vu le panneau, j’ai cru que c’était une erreur, avoue-t-il. On va dire que c’est redevenu moyennement raisonnable. Mais on espère retrouver le prix d’avant. » Sentiment que partage un supporter de la Section Paloise, pressé de rentrer dans sa famille à Pau, puis d’aller assister ce samedi au déplacement de son équipe favorite à Biarritz, ce qui représente un certain nombre de kilomètres : « Cela fait toujours mal de devoir dépenser de telles sommes en carburant, mais là ça passe un peu mieux. »

J’ai roulé doucement toute la semaine »

Beaucoup n’ont pas le choix, comme Karim, qui est taxi. « Je ne savais pas que les 18 centimes s’appliquaient aussi à l’éthanol, remarque-t-il. Sur un demi-plein, j’ai réalisé une économie de près de 4 euros. Quand il était à plus de 2 euros le litre, on évitait de prendre les courses trop longues, de 200 kilomètres par exemple, qui nous faisaient revenir à vide. Sur un mois, habituellement, je tournais à 600 euros. Là, c’était monté à 1 100 euros. Le prix de l’essence se répercute directement sur le chiffre d’affaires. »