Programme immobilier à Royan : « Nous ne voulons pas vendre nos terrains »

Corinne Goussland et Bruno Mongrand sont dans le même cas. Ils avaient aussi acheté il y a une douzaine d’années, toujours rue des Cendrilles, un petit bout de terrain derrière leur habitation pour être tranquille. « Nous savions qu’un jour des choses allaient se construire dans le coin », confie le second. Ils n’avaient pas prévu que la puissance publique lorgnerait sur une partie de ce foncier, environ 1 000 mètres carrés. Eux aussi ne sont pas vendeurs. Et pourtant, ils n’auront pas le choix.

Vaste programme immobilier

En lançant une procédure de Déclaration d’utilité publique, la Ville de Royan a la possibilité d’acquérir le foncier nécessaire aux opérations d’aménagement et de programmation. Que ce soit à l’amiable, « la priorité » du maire, ou par expropriation si aucun accord n’est trouvé. En l’occurrence, aux Tries-Chassot, entre les quartiers de Maine Geoffroy et de Maine Arnaud, de l’autre côté de la rocade de Royan, c’est un programme immobilier de 303 logements sur une surface de 8,42 hectares qui est prévu avec 60 % de logements sociaux sur une hauteur maximale de trois étages.

Plusieurs hectares de terrains sont concernés pour la construction de 303 logements entre le Maine Geoffroy et le Maine Arnaud.

Plusieurs hectares de terrains sont concernés pour la construction de 303 logements entre le Maine Geoffroy et le Maine Arnaud.

S. D.

C’est en se rendant compte, selon les dires du maire de Royan Patrick Marengo, que certains propriétaires faisaient de la spéculation foncière pour faire monter les prix des terrains que la décision de la Déclaration d’utilité publique a été prise. « Nous voulons que les opérations immobilières soient équilibrées pour que soient proposés des logements à prix abordables », a précisé l’élu lors du dernier conseil municipal. Or, plus le prix du foncier est élevé, plus le promoteur qui l’achète pour réaliser son programme aura tendance à densifier l’habitat et à pratiquer des tarifs élevés pour rentrer dans ses fonds et gagner de l’argent.

On ne sait même pas ce que valent nos bouts de terrain

« Sauf que nous ne sommes pas des spéculateurs. On a effectivement reçu des prospectus de promoteurs pour nous sonder dans nos boîtes aux lettres, mais ça s’est arrêté là. On ne sait même pas ce que valent nos bouts de terrain », assure Dominique Bellineau. Philippe Bailly, un habitant du quartier qui a joué le rôle de « facilitateur » dans ce dossier, est lui aussi remonté. « Sous prétexte de créer des logements sociaux qu’on va regrouper aux mêmes endroits alors qu’on pourrait les émietter, on va voler des terrains à des gens qui n’ont pas envie de s’en séparer. Parce que pour moi c’est du vol. On savait que certaines terres agricoles seraient un jour vendues, mais là on va embêter des gens qui n’avaient rien demandé. Je ne comprends pas pourquoi le périmètre de la Déclaration d’utilité publique vient empiéter sur leurs propriétés », s’emporte-t-il.

« Une machine de guerre »

Tous dénoncent, dans cette affaire, un manque de concertation. « L’argument de la spéculation ne tient pas », assurent-ils. Ils savent aussi que le combat s’annonce compliqué. « On a une machine de guerre en face de nous qui va nous broyer. C’est le pot de terre contre le pot de fer. » Ils ont aussi pris conscience que la valeur de leur maison va chuter. Un argument supplémentaire. Philippe Bailly, qui est en train de recenser tous les propriétaires fonciers pour les contacter, pense « qu’une majorité n’est pas d’accord pour vendre. » Si tel est le cas, les procédures d’expropriation risqueront de compliquer l’opération immobilière avec des recours possibles.

« Nous se sommes pas des spéculateurs », affirment les habitants de la rue des Cendrilles.

« Nous se sommes pas des spéculateurs », affirment les habitants de la rue des Cendrilles.

S. D.