Primeurs à Bordeaux : le retour des dégustations et des inaugurations de chais

À l’entrée de la propriété, est en train de sortir de terre un nouveau cuvier qui doit recevoir la récolte 2022. Dans un salon de l’élégante bâtisse, les portraits de l’avionneur Marcel Dassault…

À l’entrée de la propriété, est en train de sortir de terre un nouveau cuvier qui doit recevoir la récolte 2022. Dans un salon de l’élégante bâtisse, les portraits de l’avionneur Marcel Dassault et de son épouse sont accrochés aux murs, ainsi que celui de leur fils Laurent qui est aujourd’hui aux manettes de ce cru classé de 24 hectares acquis par la famille en 1955.

Les nouveaux chais du château Lascombes, cru classé 1855 en AOC Margaux, ont été inaugurés la semaine dernière.

Les nouveaux chais du château Lascombes, cru classé 1855 en AOC Margaux, ont été inaugurés la semaine dernière.

C. C.

Dans une pièce voisine, une quarantaine de propriétés présentent leurs échantillons. Valérie Befve, responsable commerciale du château, est aux petits soins avec les prescripteurs présents qui goûtent et prennent des notes. Le tout dans une ambiance monacale, car les primeurs, c’est avant tout de la concentration pour bien comprendre les vins, au nez et en bouche.

Les primeurs, c’est avant tout de la concentration pour bien comprendre les vins, au nez et en bouche

Les propriétés présentes font partie de l’Association des grands crus classés de Saint-Émilion, présidée par François Despagne (château Grand Corbin-Despagne). « Après deux exercices perturbés par le Covid, avec parfois des dégustations à distance, cette année marque le renouveau des primeurs. Je note un élan, les clients sont là. Nous sommes heureux de nous revoir. »

Qualité hétérogène

Ici, comme dans bien d’autres endroits où le 2021 se donne à voir (et à boire), un constat : la qualité est hétérogène. Des crus réussissent à montrer un beau bébé, toujours en phase d’élevage dans les chais et qui ne sera disponible que dans un an. Alors que d’autres sont davantage en difficulté. Il est vrai qu’avec la météo compliquée de l’an passé (pluies à des moments charnières, gel dévastateur, mildiou), personne ne s’attend vraiment à un millésime à hauteur de ceux de 2018, 2019 ou 2020. Une trilogie qui devrait marquer les esprits, à l’image des très jolis couples 2009/2010 ou 2015/2016.

Philippe Castéja et son fils Frédéric, lors de l’inauguration des nouveaux chais de leur château Trottevieille, premier grand cru classé de Saint-Émilion.

Philippe Castéja et son fils Frédéric, lors de l’inauguration des nouveaux chais de leur château Trottevieille, premier grand cru classé de Saint-Émilion.

C. C.

« Je n’ai jamais connu une campagne culturale aussi difficile », concède l’expérimenté François Despagne. En rappelant que le rendement moyen à Saint-Émilion est à 27 hl/ha en 2021, soit la moitié d’une récolte classique. À l’heure d’annoncer les prix de sortie des bouteilles, dans les prochaines semaines, cette donnée devrait compter. Il est peu probable qu’ils soient en recul, car il y a moins de vin dans toutes les appellations. D’autant que la brutale hausse des matières sèches (bouteilles, capsules, bouchons, caisses en bois) a renchéri les coûts de production. Le pari de l’achat en primeur peut difficilement échapper à la loi de l’offre et de la demande, surtout pour les plus grands châteaux.

Lascombes tout neuf

Si les primeurs se passent avant tout dans les verres, la fête est aussi dans les propriétés. Comme à l’époque de Vinexpo et de ses grandes soirées, nombre d’entre elles en profitent pour baptiser de nouvelles installations. Et ce après deux ans de Covid où tout cela a été mis entre parenthèses. C’était le cas jeudi dernier à Lascombes, en AOC Margaux. Pour la récolte 2021, un cuvier tout neuf avait été étrenné. « En 2001, nous avions 85 hectares de vigne, c’est 135 aujourd’hui. Il nous fallait de la place et travailler avec plus de précision, d’où davantage de cuves pour mener des vinifications parcellaires » a expliqué Dominique Befve, directeur de ce cru classé 1855 appartenant depuis 2011 à la MACSF (Mutuelle d’assurances du corps de santé français). Avec le chef étoilé Michel Trama aux fourneaux (L’Aubergade, à Puymirol, en Lot-et-Garonne), les invités ont pu apprécier à quel point les grands bordeaux peuvent tenir dans le temps. Dans les verres étaient servis les millésimes 2011, 2001, 1996, 1989, 1975, 1961, 1957 et 1928. En bouteille, en magnum ou en jéroboam.

Au château Trottevieille, la cuisine du chef étoilé Christian Le Squer s’est mariée aux millésimes 2018, 2015, 2000, 1983, 1961, 1959 et 1949