Présidentielle. Retraites : les candidats face au mur du vieillissement

Au troisième trimestre 2021, le taux d’emploi des 55-64 ans était de 56,2 %.

Au troisième trimestre 2021, le taux d’emploi des 55-64 ans était de 56,2 %.

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Désormais candidat, Emmanuel Macron propose de passer l’âge de départ de 62 à 65 ans. En clair, de travailler trois ans de plus. Et ce de manière progressive, au cours des dix prochaines années. 65 ans, à l’horizon 2030, c’est aussi le choix de Valérie Pécresse. Eric Zemmour avance, lui, 64 ans. Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel et Marine Le Pen plaident eux pour un retour à 60 ans, tandis qu’Anne Hidalgo et Yannick Jadot maintiennent un départ à 62 ans, tout en insistant sur la pénibilité.

Cependant, quelle que soit l’option, se pose une question : celle du financement du système. Schématiquement, travailler plus longtemps permettrait de ne pas augmenter la fiscalité ; travailler moins longtemps supposerait soit de nouveaux impôts, soit une réorientation de ceux existants. En attendant, quelles sont les perspectives ?

1 Le premier poste de défense sociale

Pour bien mesurer l’enjeu et les sommes que cette solidarité exige, quelques chiffres s’imposent.

Au 31 décembre 2019, les régimes français ont versé des pensions – de droit direct ou dérivé – à 17,8 millions de personnes, dont 16,2 millions résidaient en France et 1,7 million à l’étranger. Tous régimes confondus, la pension moyenne s’établit, à cette date, à 1 503 euros bruts mensuels.

En 2019, les retraites pesaient 327,9 milliards d’euros, soit 13,5 % du produit intérieur brut (PIB).

Comme le souligne la Direction de la recherche, des études de l’évaluation et des statistiques (Drees), le versement des retraites représente « le premier poste de dépenses sociales (publiques et privées). Dans le détail, en 2019, les retraites pesaient 327,9 milliards d’euros, soit 13,5 % du produit intérieur brut (PIB).

2 La démographie s’en mêle

La question du financement est d’autant plus essentielle qu’elle se heurte de plein fouet aux perspectives démographiques. Et à l’accélération du vieillissement de la population.

En 2030, pour la première fois, les plus de 65 ans seront plus nombreux que les moins de 20 ans en France. Sachant qu’un autre paramètre va accentuer le poids des plus âgés et poser de manière plus aiguë encore le sujet de la dépendance : dans les années à venir, les 85 ans et plus vont voir leur nombre exploser pour atteindre les 4,8 millions de personnes en 2050.

3 Un effet ciseaux à l’horizon… 2 070

Face à cette évolution, le Conseil d’orientation des retraites est formel : le rapport entre le nombre de cotisants et le nombre de retraités sera de 1,3 en 2070, contre 1,7 en 2019. Traduction : alors qu’en 2019 nous avions 1,7 actif pour financer chaque pension, ce chiffre passera à 1,3. En clair : nous nous dirigeons vers une baisse du nombre des cotisants alors que les plus de 65 ans, donc les retraités, vont être de plus en plus nombreux. D’où le déséquilibre qui se profile.

Nous nous dirigeons vers une baisse du nombre des cotisants alors que les plus de 65 ans vont être de plus en plus nombreux

4 Travailler plus longtemps, déjà une réalité

Dans ces conditions, le Conseil d’orientation des retraites estime qu’une mesure pourrait « freiner » l’impact du vieillissement sur le système des retraites : en l’occurrence, l’augmentation de l’âge de départ à la retraite. Avec pour marque de référence « un peu moins de 64 ans », « à législation inchangée. »

Toutefois, et sans préjuger de l’issue de la présidentielle, nous partons déjà de plus en plus tard à la retraite. Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, depuis 2010, les actifs partent en moyenne un an et huit mois plus tard en retraite. Ainsi, en 2019, l’âge de départ s’élève à 62 ans et 2 mois. Avec cette nuance : les femmes liquident leurs droits en moyenne sept mois après les hommes. En 2019, elles prenaient leur retraite en moyenne à 62 ans et 6 mois, contre 61 ans et 11 mois pour les hommes.

5 L’emploi des seniors

Repousser l’âge de départ en retraite suppose donc, pour bénéficier d’une pension à taux plein, de passer entre les gouttes des accidents de la vie et de ne pas connaître le chômage dans les dernières années précédant la fin de la vie active.

Là encore, les chiffres sont éclairants sur la situation des seniors sur le marché du travail. Au troisième trimestre 2021, le taux d’emploi des 55-64 ans était de 56,2 %. Or, si ce taux a fortement progressé ces dix dernières années, suite notamment au recul de l’âge de départ en retraite, la France reste à la traîne par rapport à ses voisins. En 2017, le taux d’activité des 55-64 ans était inférieur de six points à celui de l’Union européenne. Derrière la question de l’âge se pose donc un autre défi : l’emploi.