Présidentielle : l’idée d’un « impôt de guerre » sur les groupes du secteur de l’énergie s’invite dans la campagne

Les locaux TotalEnergies dans le quartier de la Défense (Hauts-de-Seine), en juin 2021. Les locaux TotalEnergies dans le quartier de la Défense (Hauts-de-Seine), en juin 2021.

La crise du Covid-19 avait brièvement fait émerger l’idée d’un « impôt de guerre » temporaire, qui serait venu renflouer les caisses de l’Etat vidées par le « quoi qu’il en coûte ». Deux ans plus tard, le conflit en Ukraine vient la ressusciter. En l’espace de quelques jours, l’Agence internationale de l’énergie (AIE), puis la Commission européenne, ont toutes deux suggéré aux Etats de mettre en place un prélèvement exceptionnel sur les profits des grands groupes d’énergie, susceptibles de profiter de la flambée des cours mondiaux pour financer les mesures de soutien aux ménages, et plus généralement la transition énergétique.

« Pour mettre en place ces mesures, les Etats membres ont besoin d’argent, a souligné le commissaire européen à l’énergie Kadri Simson dans un discours mardi 8 mars. Ils pourraient taxer temporairement les profits excédentaires tirés des prix exceptionnellement élevés de l’électricité », et ce sans enfreindre les règles européennes. Même message du côté de l’AIE, qui s’était dite quelques jours plus tôt favorable à des « taxes temporaires » sur les profits des énergéticiens, rappelant que des mesures de ce type avaient déjà été mises en place en Italie et en Roumanie.

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Le sujet des profits des groupes dans l’énergie, qui s’était déjà invité dans la campagne présidentielle en début d’année sur fond d’inflation croissante des prix, a immédiatement repris de la vigueur. Marine Le Pen, la candidate du Rassemblement national, a proposé il y a quelques jours de « taxer » les groupes pétroliers, des « profiteurs de guerre » qui « font de très bonnes affaires » avec les hausses de prix des carburants et ont, selon elle, répercuté les hausses sur les prix à la pompe en « quelques jours ». Elle compte en affecter le fruit au financement d’une baisse de fiscalité sur les carburants.

Un « effort » demandé « aux groupes pétroliers »

D’autres l’avaient précédée sur ce terrain, avant même la crise en Ukraine. Comme Jean-Luc Mélenchon, le candidat de La France insoumise, qui avait proposé le mois dernier de « prendre » les profits du pétrolier Total en 2021, après qu’il a enregistré « le bénéfice le plus important de toute l’histoire de toutes les entreprises en France » grâce à la hausse de cours du brut, a-t-il expliqué lors d’un meeting à Tours. Le candidat communiste Fabien Roussel avait pour sa part proposé une politique de « zéro dividende » pour Total cette année, « pour redonner l’argent aux Français ».

Bercy a d’emblée écarté l’idée d’un impôt exceptionnel sur les grands groupes. Mais Matignon a assuré qu’un « effort » serait demandé « aux groupes pétroliers », en première ligne pour appliquer la remise de 15 centimes d’euros par litre décidée par le gouvernement samedi 12 mars. « Si l’Etat fait un effort de 15 centimes au litre, et qu’ils font par exemple un effort de 5 centimes, c’est bien 20 centimes qui doivent se retrouver dans la poche des Français », a expliqué le premier ministre, Jean Castex, au Parisien. Début février, tentant de prévenir une polémique prévisible sur ses profits records, Total avait annoncé la veille de ses résultats une remise de 5 euros pour chaque plein de 50 litres pendant trois mois.

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