Présidentielle : Emmanuel Macron et Marine Le Pen chiffrent leurs projets, mais pas trop quand même

Des deux finalistes du 24 avril, seule Marine Le Pen affiche sur son site un document à télécharger de six tableaux (plutôt aérés), intitulé « Chiffrage du programme présidentiel ». Emmanuel Macron n’a pas jugé utile de proposer cet exercice un peu rébarbatif, ce qui ne le dispense pas d’indiquer le coût de ses propositions au fur et à mesure qu’il les égrène.

Pour le détail, il faut remonter au 17 mars dernier, date à laquelle Emmanuel Macron, en conférence de presse à Aubervilliers (93), avait énuméré les principales mesures budgétaires de son projet. Avec une précision importante. Avant le premier tour, il envisageait de porter l’âge de la retraite à 65 ans pour soulager les finances de l’État. Après le 10 avril, le président sortant a perçu l’impopularité de cette réforme et l’a fortement amendée, ce qui modifie le chiffrage du programme.

Marine Le Pen estime à six milliards d’euros la nationalisation des autoroutes. Un chiffre largement sous-évalué pour les experts.

Marine Le Pen estime à six milliards d’euros la nationalisation des autoroutes. Un chiffre largement sous-évalué pour les experts.

Archives Émilie Drouinaud/ « Sud Ouest »

Le projet Macron 2 prévoit « un effort budgétaire de 50 milliards d’euros d’ici à 2027 », avec des nouvelles dépenses réparties entre transition écologique, éducation et santé, sans oublier un coup de pouce aux investissements militaires, activé par l’invasion russe en Ukraine. Emmanuel Macron annonce par ailleurs 15 milliards d’euros de réduction d’impôts, la moitié pour les ménages, au nom du soutien au pouvoir d’achat, avec la disparition de la redevance audiovisuelle, l’autre moitié pour les entreprises. Depuis cette conférence de presse, d’autres annonces ont suivi, comme le chèque alimentaire qui concernerait 8 millions de Français et qu’il faudra donc bien financer.

Un ministère contre les fraudes

En face, Marine Le Pen fait feu de tout bois, entre le recrutement de milliers de magistrats et de policiers, la hausse du minimum vieillesse, le départ à la retraite dès 60 ans (même si la candidate est revenue sur l’âge mais reste floue), la baisse de TVA sur les carburants ou sa suppression sur 100 produits de base, sans oublier la nationalisation des autoroutes, des aménagements fiscaux et, comme son concurrent, la suppression de la redevance audiovisuelle.

Mais, promet-elle, entre dépenses et recettes, les mesures s’équilibrent pile-poil à 68,3 milliards d’euros. La très grande majorité des experts avoue son scepticisme ou dénonce un chiffrage « au doigt mouillé ». Marine Le Pen répond que la réduction de l’immigration permettra 18 milliards d’euros d’économies. Et promet un ministère contre les fraudes fiscales et sociales qui ramènerait 15 milliards d’euros dans les filets de l’État. Quant à la nationalisation des autoroutes, évaluée selon elle à six milliards d’euros, elle serait possible grâce à la création d’un FSF (Fonds souverain français) abondé par ses compatriotes.

Celui-ci servirait aussi à investir 14 milliards dans le secteur de la santé et 12 milliards dans celui du nucléaire. Sauf que personne ne peut prédire si ce FSF séduirait les Français. Là encore, les économistes assurent que Marine Le Pen sous-estime largement la valeur des autoroutes et oublie le coût annuel d’entretien. La disparition de la redevance serait compensée par la privatisation de l’audiovisuel public. La candidate promet enfin de diminuer de 5 milliards d’euros la contribution française au budget européen, ce qui déclenchera une crise aiguë avec les autres pays de l’Union européenne.

Et la dette, au fait ?

Puisqu’on parle de l’Europe, il faut bien évoquer l’endettement du pays, creusé par le Covid et la politique du « quoiqu’il en coûte », assumée par le président sortant. Or, la dette publique (2 834,3 milliards d’euros dont 2 231,5 milliards pour l’État tout seul) a peu été abordée au cours de la campagne, sinon par Valérie Pécresse qui accusait Emmanuel Macron « d’avoir cramé la caisse ». Cela ne lui a pas réussi.