Pour son nouveau campus, à Mérignac, Groupama a même pensé aux oiseaux

Bien-être au travail

Cet écosystème reconstitué s’appelle un « Brown roof ». À cette échelle, c’est une première en France. Il fait 2 500 m². Chose rare, un écologue a été associé à ce projet. Solène Burel, du cabinet de conseil Sinteo, spécialisé dans cette approche environnementale, décrit le monde parallèle qui trouvera matière à roucoulement, chamailleries, voire à hibernation, entre pierres, plantes, mares et parcelles de sable : « Le but est de créer différents habitats, des espaces de nourrissage, de nidification. Dans des bassins de ce type, il est arrivé de voir, à terme, des poissons, les oiseaux apportant, via leurs fientes notamment, des œufs qui se développent. Il y a aussi du bois mort où peuvent se nicher les insectes. C’est vraiment la nature qui reprend ses droits. »

Avant les travaux, vivaient à cette adresse des lézards des murailles, des rainettes et des crapauds calamites. D’après des témoins auditifs, l’amphibien, ou un cousin proche, a fait savoir qu’il était de retour. Pas de risque d’être dérangé. Ce troisième étage à ciel ouvert n’est pas accessible au public. Une quinzaine de nichoirs ont été fixés à la façade.

La vue depuis le toit.

La vue depuis le toit.

E. C.

Cette nouvelle façon d’aborder l’immobilier tertiaire porte un nom. On parle de design biophilique, concept qui rencontre un écho grandissant auprès des sociétés qui placent le bien-être de leurs employés au centre des préoccupations. Le cadre y concourt forcément. Ici, la lumière naturelle jaillit de partout. Il y a plus de 5 500 m² d’espaces végétalisés. L’immense patio se prêterait agréablement à des réunions. Des plantes grimpantes ont commencé à escalader les câbles en inox menant aux 250 m² de balcons autour desquels elles s’entortilleront. Ce bâtiment est en forme de H. Ce n’est pas la signature de l’agence qui a conçu les plans, Hubert Godet Architectes. Un bon moyen mnémotechnique néanmoins pour s’en rappeler. Il n’est pas interdit d’y voir un symbole. « H comme humain », suggère Éric Donnet, le directeur général de Groupama Immobilier.

« On a sauvé des moquettes qui allaient partir à la benne »

Sur le plan pratique, cette configuration permet d’avoir une vue traversante sur la nature et un accès à ces lieux d’oxygénation depuis toutes les ailes de ce complexe au top de l’écologie, loué à 85 % par Groupama à la société de gestion immobilière Atream pour y déménager ses équipes bordelaises et mérignacaises, issues de six entités, relevant pour certaines de Gan, qui appartient au même groupe. D’où le nom du campus, #Community. « Le hashtag démultiplie les interactions, note Éric Donnet. Tout le monde sera désormais réuni sur un seul et même site. Il y a des synergies opérationnelles. »

H comme hashtag donc, mais aussi comme HQE Exceptionnel, l’une des certifications, très rare, obtenue pour la qualité environnementale de l’ensemble, dont la dernière singularité ne se remarque pas. C’est ça le plus remarquable. Le chantier, dans sa dernière ligne droite, a incorporé un maximum de matériaux de réemploi. C’est le cas de 2 835 m² de faux planchers, fournis par l’entreprise Mobius Réemploi, de 53 % de la peinture, recyclée à Blanquefort par Circouleur, de 576 m² de moquettes ou encore des six bacs à douche installés près du local à vélos, en provenance d’un chantier parisien. On ne voit pas la différence. L’un des réseaux d’approvisionnement est le Booster du réemploi, une plateforme reliant une cinquantaine de maîtres d’ouvrage.

« On a sauvé des moquettes qui allaient partir à la benne parce qu’elles ne figuraient plus dans les catalogues », note Franz Muller, directeur adjoint des programmes d’immobilier d’entreprise chez Altarea Cogedim. « Une parfaite réussite », estime Vincent Ego, le directeur général de Cogedim, promoteur de cette opération, à ses yeux, « exemplaire ».

Petites salles de réunion vitrées.

Petites salles de réunion vitrées.

E. C.

Mobilier local

« Groupama est le premier exploitant forestier de la région », indique Éric Donnet. Réalisé par des « designers locaux », l’essentiel du mobilier de #Community sera fait à partir du pin de ces forêts, transformé dans des scieries locales.