Place en crèche, aide au logement, massages : des hôpitaux en opération séduction pour recruter

« Ils veulent séduire, c’est sûr ! », s’amuse Tatiana Koudou, en première année d’école infirmière, dans les allées du salon qui ferme ses portes ce jeudi. Bonbons et stylos se partagent les comptoirs des stands aux côtés des brochures et dépliants, qui chantent tous le même mantra : « Rejoignez-nous ».

Partout sur le territoire, des lits d’hospitalisation et des services d’urgences ferment, faute de personnel suffisant. Même des services de pointe se sentent menacés. « C’est la course à l’échalote », reconnaît David Colmont de l’Institut mutualiste Montsouris, entouré de ballons colorés. L’établissement recherche 50 infirmiers pour attendre les 450 nécessaires à son bon fonctionnement.

« Le premier levier, c’est le salaire. Mais il ne suffit pas », constate le directeur des soins. Il est aussi question de « confort de vie : le travail n’est pas toute leur vie et je les comprends très bien ».

Des hôpitaux et des cliniques offrent des allocations d’étude (environ 9 000 euros contre 18 mois d’engagement), des primes d’installation, de cooptation (pour inciter les collaborateurs à trouver des personnels), des places en crèche, des aides aux recherches de logement ou des studios à bas loyer, etc.

Moins attendues : la présence dans leurs locaux de « bulles zen » offrant des instants détente et relaxation, avec des créneaux de shiatsu, de sophrologie ou de luminothérapie.

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De Bordeaux à Oloron, de Jonzac à Sarlat… Un peu partout dans la région, les services d’urgences de nombreux hôpitaux sont contraints de fermer en raison, notamment, d’un manque de soignants. Face à cette crise hospitalière, quelles sont les solutions ?

Pour séduire les candidats, la variété des postes – « il y en a pour tous les goûts » – est un argument de poids, estime Bleuenn Tabary, cadre de santé à Gustave-Roussy, centre de lutte contre le cancer en région parisienne. « Nous avons beaucoup de postes à pourvoir, dans de nombreuses spécialités : urgences, pédiatrie, chirurgie, etc. »

Le s cigales, ou l’esprit d’équipe

Dans les allées, les dernières nouvelles venues de Bordeaux sont sur toutes les lèvres. En raison d’un manque de personnel, le CHU a annoncé mardi que ces urgences adultes n’accueilleront la nuit que les patients ayant au préalable appelé le 15.

Car la pénurie de paramédicaux et médicaux ne touche plus seulement l’Île-de-France. Le centre hospitalier d’Arles est d’ailleurs « monté à Paris », « une première ». Son but : attirer « les personnes qui souhaitent quitter la capitale pour vivre en Provence et travailler dans une structure moyenne », raconte Sophie Debliquy, DRH.

« On cherche des infirmiers, des médecins… Nous n’avions jamais été confrontés à un tel besoin », ajoute Laurent Donadille, le directeur de l’établissement, qui « a dû fermer des lits ».

L’équipe vante « les projets de l’hôpital », la ville d’à peine plus de 52 000 habitants, « la mer à 45 minutes » et « une région exceptionnelle ». Avec, en fond sonore, le chant des cigales pour capter l’attention des visiteurs.

Un peu plus loin, l’établissement de santé de Ville-Evrard ne joue pas la carte climat : spécialisé en santé mentale, il est implanté en Seine-Saint-Denis. Ses atouts ? « Le travail en équipe pluridisciplinaire », « l’esprit d’équipe », « une approche humaine du patient ».

Pour Dominique Reynaert, de l’hôpital Foch (Hauts-de-Seine), « il faut davantage s’intéresser aux missions des infirmiers : les soins personnalisés, les relations avec le patient » et leur garantir des conditions de « bon exercice ». La clé, selon elle : des formations au plus près des salariés, qui utilisent par exemple la réalité virtuelle, des simulateurs du vieillissement, des escape games. Mais elle ne se berce pas d’illusions : il ne sera pas question aujourd’hui de « recrutement de masse ».