Pesticides dans l’air : pourquoi Bordeaux s’en tire mieux que d’autres villes de la région

Le phénomène de la contamination de l’air par les pesticides est en effet beaucoup moins documenté que l’exposition alimentaire de la population, objet de nombreuses études. Dans le vin, par exemple. Car autour de Bordeaux, la présence de phytosanitaires provient…

Le phénomène de la contamination de l’air par les pesticides est en effet beaucoup moins documenté que l’exposition alimentaire de la population, objet de nombreuses études. Dans le vin, par exemple. Car autour de Bordeaux, la présence de phytosanitaires provient de quelques grandes cultures, mais surtout du traitement de la vigne.

En ce début d’année 2022, Atmo a publié sur son site les résultats des analyses menées en 2020. Outre la station du jardin botanique (Bordeaux Bastide), un site mobile de relevés a été ajouté pour connaître l’exposition en zone périurbaine de viticulture : les Graves. Plus précisément, les communes de l’appellation Pessac-Léognan – Cadaujac, Canéjan, Gradignan, Léognan, Martillac, Mérignac, Pessac, Saint-Médard-d’Eyrans, Talence et Villenave-d’Ornon.


Molécules interdites

Fongicides, herbicides, pesticides… Parmi les 105 molécules recherchées, certaines sont interdites à la vente. Mais leur dégradation est si lente qu’Atmo juge indispensable de mesurer leur présence pendant plusieurs années.

Au Jardin botanique, la présence de 15 molécules a été détectée : cinq fongicides, sept herbicides, trois insecticides. C’est moins qu’en 2019 (29 molécules : 15 fongicides, 7 herbicides et 7 insecticides). Dans les Graves, on a relevé la présence de 14 molécules (huit fongicides, quatre herbicides, deux insecticides – pas de relevé en 2019).

Deux produits interdits à la vente figurent parmi ces substances : le Lindane, insecticide prohibé depuis 1998 mais détecté dans 100 % des relevés bordelais et 93 % de ceux des Graves. Sa présence, indique Atmo, est due à sa forte rémanence. Autre produit interdit détecté, mais à Bordeaux seulement : le Fipronil, « interdit d’utilisation agricole depuis 2018 mais encore utilisé en tant que biocide (fourmis, cafards, termites) et comme antiparasitaire vétérinaire ».

Question de concentrations

L’étude ne se contente pas de relever la présence de molécule : elle mesure aussi dans quelles concentrations on les retrouve dans l’air. C’est à ce chapitre que la métropole bordelaise s’en sort mieux que d’autres agglomérations néo-aquitaines.

« Cinq fois moins de fongicides dans l’air qu’à Cognac et huit fois moins d’herbicides qu’à Poitiers »

Pour les fongicides, les relevés du Jardin botanique établissent un cumul hebdomadaire moyen de 0,9 ng/m³ (nanogrammes par mètre cube). Dans les Graves, c’est 1,1 ng/m³. Soit cinq fois moins que dans le Cognaçais (5,3 ng/m³). Ces mesures sont la conséquence de traitements estivaux de la vigne, de mai à août, avec notamment du Folpel, les précipitations ayant favorisé le mildiou en 2020.

Pour les herbicides, Bordeaux et les Graves enregistrent des concentrations respectives de 0,6 et 0,5 ng/m³. Là encore, c’est beaucoup moins qu’à Poitiers (4,6 ng/m³) ou dans le Cognaçais (3,9 ng/m³). Cette présence est liée à des épandages hivernaux (novembre décembre) en cette année 2020 particulièrement pluvieuse, pour la vigne à Bordeaux et Cognac et pour les grandes cultures à Poitiers.

Pour les insecticides enfin, les cumuls hebdomadaires moyens sont faibles à Bordeaux (0,1 ng/m³) comme dans les Graves (0,2 ng/m³). Avec, dans le dernier cas, un pic en semaine 22 (3 ng/m³ du 25 au 31 mai) lié au traitement de lutte obligatoire contre la flavescence dorée à l’aide de lambda-cyhalothrine.

Il est d’autant plus remarquable de trouver moins de pesticides dans l’air à Bordeaux qu’à Cognac ou Poitiers si on compare ces résultats aux achats de produits actifs en 2020 : 3 900 tonnes en Gironde, soit bien plus qu’en Charente (1 780 t) ou dans la Vienne (600 t), selon les chiffres BNVD (Banque nationale des ventes de produits phytopharmaceutiques) cités par Atmo.