Péage de Tonnay-Charente : c’est la fin du tarif préférentiel pour les habitants de l’Agglo

Reprenons. Dès 2004, une association se crée pour faire supprimer…

Reprenons. Dès 2004, une association se crée pour faire supprimer le péage de la portion de l’A 837 comprise entre Rochefort et Tonnay (6 kilomètres). Car cet octroi demande 60 centimes (1) pour contourner la départementale 137 qui, à Tonnay, voit passer 25 000 véhicules par jour, dont des camions de plus de 5,5 tonnes qui n’ont rien à y faire.

Tarif préférentiel

À force de pression, en 2007, les Autoroutes du sud de la France (ASF, concessionnaire avant Vinci), le Conseil départemental, la commune de Tonnay-Charente et l’Agglo de Rochefort concluent un accord. Pour 20 euros d’abonnement annuel au télépéage, les habitants de toute l’Agglo passeront au péage gratis. Coût : 100 000 euros pour le Département, 10 000 pour Tonnay et autant pour l’Agglo. L’association aurait préféré la gratuité totale car elle sait que la convention est temporaire.

Bien vu, en 2013, coup de théâtre. L’abonnement local a séduit 2 400 abonnés (pour 800 estimés) et la participation du Département a flambé : 400 000 euros. C’est trop, ce sera désormais 190 000 euros. Et toujours 10 000 euros pour Tonnay et 10 000 euros l’Agglo. Mais cette dernière, présidée à l’époque par Bernard Grasset, n’est plus d’accord et se désengage (2) en catimini. L’abonnement annuel passe à 25 euros (3). Et l’automobiliste ne bénéficie plus que de deux passages gratuits sur trois, dans la limite de 44 passages mensuels.

L’association trouve que l’usager est pénalisé, mais c’est mieux que rien. D’autant qu’à l’époque, on lui fait miroiter la gratuité quand l’A 831 entre Rochefort et Fontenay-le-Comte sera construite. Mais en 2017, l’État enterre le projet. On restait donc sur l’abonnement négocié bon an, mal an et voilà qu’aujourd’hui, il est planté dans le plus grand silence. « C’est lamentable, quel manque de courage », s’insurge Erick Joyau, président de l’association.

Info ou intox ?

Que s’est-il passé ? Étonnamment, à l’été 2021, Tonnay-Charente décide de ne plus payer à partir de janvier 2022. « Selon une source sûre, le Département voulait arrêter de payer. L’Agglo était déjà partie en douce, on ne voulait pas se retrouver tout seul », explique le maire Éric Authiat qui, en août 2021, annonce son intention à Vinci. L’affaire s’est jouée en coulisse, sans délibération, ni débat en conseil municipal. Le maire le concède : « Cela a été voté, mais noyé dans le budget. » Seuls les 13 élus du bureau municipal (sur 29 en tout) savaient. Tant et si bien que ces jours-ci, des conseillers, interpellés par les abonnés, n’ont pas su répondre ; ils n’étaient pas au courant…

La gratuité du péage de Tonnay-Charente faisait évidemment partie des revendications des gilets jaunes.

La gratuité du péage de Tonnay-Charente faisait évidemment partie des revendications des gilets jaunes.

Archives Laurence Caressa

Outre « une communication défaillante », selon les mots d’Éric Authiat, le Département n’avait pas du tout cessé de payer. Il l’avait peut-être envisagé, comme le prétendait la source bien informée, mais personne ne veut le confirmer aujourd’hui ! En tout cas Tonnay-Charente y a cru et a tiré le premier. Ce qui énerve le maire : « Il est hors de question que l’on porte le chapeau car j’ai fait partie de ceux qui ont poussé à la création de l’association pour défendre la gratuité. »

“Il est hors de question que l’on porte le chapeau car j’ai toujours défendu la gratuité”

Mais la chronologie des courriers est là, résumée par le Département : « Le 6 août, la commune nous écrit qu’elle résiliera la convention. Le 5 octobre, on prend acte et en réaction, on se positionne de la même façon, on n’allait pas rester seuls… Le 25 octobre, on écrit à Vinci pour dire qu’on cessera de payer nos 70 000 euros par an, au 1er août 2022. »

Au Département non plus, aucun tapage, ni délibération, ni débat. Voilà comment les deux conseillers départementaux, Lionel Pacaud et Patricia François, tombent de la lune quand ils sont alertés par des abonnés. Vendredi 13 mai, ils ont profité de la commission permanente pour interpeller la présidente du Département, Sylvie Marcilly. « Elle nous a dit qu’elle ne suivait plus parce que les autres ne le font plus, sans nous dire quand elle avait pris sa décision. C’est l’imbroglio.»

Cet embrouillamini aura au moins eu un mérite : mettre tout le monde d’accord pour reprendre les négociations et obtenir la gratuité du péage.