Pays basque : quelle cohérence entre la côte et l’intérieur ?

Le littoral est source d’attractivité.

Le littoral est source d’attractivité.

Infographie « Sud Ouest » – Source : SFR Geostatistics

Ces données ne surprennent ni le premier adjoint au maire de Bidart, Marc Bérard, ni Létizia Delorme, respectivement président…

Le littoral est source d’attractivité.

Le littoral est source d’attractivité.

Infographie « Sud Ouest » – Source : SFR Geostatistics

Ces données ne surprennent ni le premier adjoint au maire de Bidart, Marc Bérard, ni Létizia Delorme, respectivement président et directrice du Schéma de cohérence territoriale (Scot). Si le solde positif des mouvements en Pyrénées-Atlantiques reste, par exemple, trois fois moins important qu’en Corse, il demeure élevé. Et révélateur d’une attractivité problématique : comment répondre à la demande de logement alors que les biens sont devenus trop rares et chers au Pays basque ?

Le solde des départs et des arrivées selon SFR est positif en Pyrénées-Atlantiques

Le solde des départs et des arrivées selon SFR est positif en Pyrénées-Atlantiques

Infographie « Sud Ouest » – Source : SFR Geostatistics

« Faire la ville »

Le Scot y travaille. Et fixe de grandes orientations à l’échelle de l’Agglomération Pays basque et du Seignanx, soit 166 communes et 350 000 habitants. En cohérence avec les directives européennes et nationales, il doit inspirer les politiques publiques via une nouvelle stratégie élaborée depuis le mois d’octobre 2021. « Elle sera largement tournée vers la recherche de complémentarités entre l’intérieur des terres et le littoral, annonce Marc Bérard. Cela concerne l’emploi, l’habitat, les services, la culture, les loisirs… Il s’agit de ne pas tout concentrer sur la côte. Plus on rapproche le lieu de vie du reste, mieux c’est. On ne parle alors plus de logement, mais d’habitat. »

À ses yeux, le Pays basque accuse un retard historique : « Nous avons accepté trop longtemps la loi des promoteurs. Des outils existent pour reprendre la main via une maîtrise publique du foncier. » Si la collectivité ne peut pas tout acheter, elle se doit a minima de prévoir les cessions foncières pour imposer aux opérateurs un cahier des charges incluant notamment la part de logements sociaux souhaitée et les différents usages attribués au terrain visé. « Les opérateurs ne peuvent pas se contenter de produire. Ils doivent aussi nous aider à faire le bourg, le village, la ville. »

« Un calcul trompeur »

Reste que la défense ici ardue des terres agricoles complique leur tâche. « Dans les dix ans à venir, les élus entendent diviser par deux la consommation foncière sur le périmètre du Scot, confirme Marc Bérard. Pour 100 hectares consommés aujourd’hui sur une période donnée, nous en consommerons 50 demain. Avec ce but : une artificialisation zéro des sols en 2050. »

L’élu de Bidart Marc Bérard préside le Scot.

L’élu de Bidart Marc Bérard préside le Scot.

Bertrand Lapègue

Dès lors, la réponse à la forte demande de logements abordables passe-t-elle par un amas de gratte-ciel bourrés de logements sociaux ? Les élus ont d’autres idées : « Construire la ville sur la ville en utilisant les friches. Varier l’habitat, notamment avec des maisons en bande nécessitant peu de foncier. Organiser la mixité. »

Mais pas question d’oublier la carte postale. « Imaginer une ville en hauteur pour résoudre notre équation est un calcul trompeur. Saviez-vous que la ZUP de Bayonne était moins dense que le quai Chaho ? Les bourgs d’Ainhoa et Sare affichent également une grosse densité alors qu’il s’agit de villages magnifiques. Les anciens savaient déjà organiser la densité en soignant le charme de l’habitat. N’y renonçons pas. Avoir un jardinet ou une terrasse, c’est possible. Nous nous devons d’envoyer des images positives. »

« Un rêve inaccessible »

Pour autant, l’élu le concède : « Posséder ici une maison sur un terrain de 1 500 m² est un rêve inaccessible. Plus personne n’y songe. » Alors on s’éloigne de la côte… Même si cela ne suffit pas toujours. « Il faut que tout le monde prenne sa part, même s’il est illusoire de décréter une bascule soudaine des activités vers l’intérieur, également grignoté par la spéculation », annonce Létizia Delorme.

« Le vrai souci, c’est le temps, ajoute la directrice du Scot. Le Covid a accéléré les tensions immobilières. Nous sommes sous pression. » Marc Bérard illustre : « J’ai reçu deux jeunes femmes un peu paniquées. Chacune loue un appartement avec un bail de neuf mois, faute de logement louables à l’année. Bientôt sans toit, elles inondent les boîtes aux lettres, se disant prêtes à payer plus pour se loger sans attendre le couperet. Elles ne trouvent pas. C’est anormal. »

Certes, l’Agglomération a fraîchement voté le principe de la compensation (1). Or celle-ci, encore à l’essai, a fait grand bruit. « Quand les intérêts privés sont bousculés, on vous saute à la gorge. On l’a bien vu à cette occasion, reprend Marc Bérard. Mais nous travaillons pour l’intérêt public. La surtaxe sur les résidences secondaires en fait partie. Même si elle ne résout pas la pénurie de logements, elle est un beau symbole. »

« Un projet désirable »

Reste la question des moyens… Qui induit parfois cette fausse bonne idée : « Brader le patrimoine public pour équilibrer son budget. » « Si cela devient la logique des collectivités, alors elles se retrouveront sans ressources et finiront par acheter toujours plus cher, estime Marc Bérard. Une collectivité n’a pas pour vocation d’acheter pour revendre. Elle doit exploiter son patrimoine. Soit on fait comme avant, soit on y va, même si ça coûte cher. »

Létizia Delorme

Létizia Delorme

Scot Pays basque Seignanx

« Y aller » signifie, entre autres, accroître la mixité sociale. Or cela suffira-t-il ? Non. Et Marc Bérard de désigner un « angle mort » : les nombreux foyers dont les revenus sont légèrement supérieurs au seuil du logement social. Ceux-là sont contraints de louer ou d’acheter au prix du foncier dit libre. Autrement dit de casser leur tirelire, d’être logés loin de leur travail, ou mal.

Voilà pourquoi les décisions à venir s’annoncent radicales : « La stratégie sera affinée en fin d’année. La question est : jusqu’où sommes-nous prêts à aller ? Les contraintes sont fortes, les mesures devront donc être à la hauteur, avec un projet néanmoins désirable. »