Pays basque : les défenseurs d’une agriculture paysanne rendent hommage à Mixel Berhocoirigoin

Le moment est rythmé par les discours, témoignages, bertso et images d’archives. Dont ce premier film, que l’on imagine tourné en Super 8. Nous sommes en 1973, le jeune paysan est sorti cinq ans plus tôt du collège agricole d’Hasparren et reprendra bientôt la ferme familiale. « Être paysan, c’est travailler la terre, mais plus que ça : être travailleur et mener les luttes des travailleurs », définit-il.

Du Larzac au théâtre

Dans le souffle de Mai 68, la Jeunesse agricole catholique, Euskaldun gazteria au Pays basque, lui permet de développer sa réflexion politique et s’impliquer concrètement dans les « luttes des travailleurs ». Son aîné, Jean Pitrau, se bat pour l’agriculture de montagne et les paysans dans son sillage portent un regard critique sur la modernisation rapide de la production agricole.

“Il était bon dans les sujets sérieux et très marrant dans les comédies »

Pierre Latxague : « En 1972, nous faisons notre premier voyage avec Euskaldun gazteria. On part en Bretagne où on soutient une grande mobilisation des producteurs de lait. » Direction le Larzac : « Pitrau nous met, Mixel et moi, à surveiller un groupe électrogène, toute la nuit », s’amuse Pierre Latxague.

Mixel Berhocoirigoin fait aussi école d’Euskaldun gazteria. Il fait école de tout, comme du théâtre avec la troupe Iruk bat. Arno Oxandabaratz a partagé les planches avec lui : « Nous lui donnions toujours les rôles principaux. Il était bon dans les sujets sérieux et très marrant dans les comédies. » Le militant y forge dans l’art dramatique une certaine aisance dans l’expression publique, une capacité à transmettre son message, il en aime le travail collectif.

Grâce aux femmes

Le collectif : précepte et conviction cardinale. À la fois fin et moyen. « On a réalisé qu’en groupe, on arrivait à faire des choses, se souvient Peio Iralour, compagnon des premières batailles syndicales. On était 40 personnes, on réfléchissait à créer un nouveau syndicat. » Euskal Herriko Laborarien Batasuna (ELB) allait naître en 1982.

Samedi 7 mai, à Ainhice-Mongelos.

Samedi 7 mai, à Ainhice-Mongelos.

Emilie Drouinaud / SUD OUEST

Dans une nouvelle archive, Mixel Berhocoirigoin remet les choses en ordre, qui évoque les tiraillements sur l’opportunité de créer ELB. « On ne voulait pas de scission entre nous. On n’arrivait pas à trancher. Ce sont les 15 femmes du groupe qui l’ont fait. Elles ont dit : ‘‘Les hommes ne décideront jamais, on va créer ce syndicat. Ceux qui voudront suivront’‘.»

ELB va définir une ligne politique qui déborde la défense d’intérêts catégoriels pour affirmer, à partir de l’agriculture paysanne, son implication dans la construction du Pays basque, intégré à « la communauté internationale », dans une stratégie non violente… Autosuffisance alimentaire, production saine et respectueuse de la biodiversité, revenu digne aux agriculteurs : ça n’est pas qu’une affaire basque et Mixel Berhocoirigoin sera à la fondation de la Confédération paysanne, pour porter ces conceptions au niveau national.

Cohérence

La suite, c’est EHLG, projet contesté en justice par l’État. Mixel Berhocoirigoin se retrouve à la barre. Cinq ans de procédure et une victoire pour les paysans. L’agriculteur mène d’autres combats, comme celui de la collectivité territoriale, au sein de Batera. Aspiration qui a trouvé une voie dans la création de la Communauté d’agglomération Pays basque. Son président, Jean-René Etchegaray, était aussi l’un des avocats d’EHLG : « Je suis convaincu que la reconnaissance d’Euskal Herriko Ganbara a favorisé la reconnaissance institutionnelle du Pays basque. »