Pau : Robert Haillet, l’histoire oubliée du vrai nom (béarnais) de la Stan Smith d’Adidas

L’histoire de la Stan Smith début à l’aube des années 1960 alors qu’Adidas est déjà la reine des chaussures de football. La firme allemande a pour ambition de conquérir un…

L’histoire de la Stan Smith début à l’aube des années 1960 alors qu’Adidas est déjà la reine des chaussures de football. La firme allemande a pour ambition de conquérir un nouveau marché et n’ose encore s’approcher du basket, outrageusement dominé par la Converse Chuck Taylor All star, elle aussi née d’une collaboration avec un champion.

La marque aux trois bandes regarde plutôt du côté de la petite balle jaune et entend s’associer à l’un des meilleurs tennismen de son temps. Horst Dassler, le patron et fils du fondateur de la marque, choisit un joueur bien installé sur le plateau. Un certain Robert Haillet qui vient d’atteindre les demi-finales de Roland-Garros 1960 après avoir échoué deux fois en quarts-de-finale et remporté le tournoi de Monte-Carlo.

La Stan Smith d’Adidas devant le Trinquet Beaumont, à Pau, le quartier où son créateur béarnais, Robert Haillet, a grandi.

La Stan Smith d’Adidas devant le Trinquet Beaumont, à Pau, le quartier où son créateur béarnais, Robert Haillet, a grandi.

Patrice Martins de Barros/»SUD OUEST »

Un enfant du parc Beaumont

Robert Haillet est béarnais. Il est né à Pau en 1931, non loin du Trinquet qui jouxte encore le parc Beaumont. Il a grandi dans une famille de passionnés. Ses parents géraient le Lawn Tennis Club de Pau et son père, Constant Haillet, était professeur de tennis en plus d’être conseiller municipal à Pau de 1942 à 1946. Un atavisme qui explique en partie la brillante carrière du fiston, numéro 1 français de 1952 à 1960, puis sélectionneur de l’équipe de France de Coupe Davis.

Avec Robert Haillet, Adidas conçoit une chaussure en cuir qui respire par trois lignes de perforations en pointillé (les trois bandes d’Adidas) et une semelle souple de caoutchouc. Le cuir est une innovation majeure alors que l’époque est aux chaussures en toile moins robuste. La protection renforcée du tendon d’achille est également très remarquée lors de sa première commercialisation en 1963.

Une paire d’Adidas Robert Haillet première génération, en vente sur ebay en 2022 plus de 400 euros. On distingue à peine le nom Robert Haillet sur la gauche.

Une paire d’Adidas Robert Haillet première génération, en vente sur ebay en 2022 plus de 400 euros. On distingue à peine le nom Robert Haillet sur la gauche.

Repro « SO »

La chaussure est d’abord blanche et sans fioritures avant de faire apparaître le nom « Haillet » quelques mois plus tard. Elle est made in France puisque fabriquée en Alsace, à Dettwiller. En 1967, la languette verte apparaît à l’arrière, c’est celle qui va faire tout le charme de la chaussure et la convertir plus tard à la ville. En quelques années, l’« Adidas Robert Haillet » fait sensation et conquiert le circuit professionnel.

Le caillou dans la chaussure

À la retraite du Français en 1971, Adidas cherche un nouvel ambassadeur. Elle convainc le grand Stanley Smith d’associer son nom à la paire de chaussures et ambitionne ainsi de conquérir le marché américain. Stan Smith est au faîte de sa gloire, il remporte l’US Open en 1971 et Wimbledon en 1972 aux dépens du Roumain Ilie Nastase (qui aura lui aussi sa paire d’Adidas dans les années 1980).

Le joueur de tennis américain Stanley Smith.

Le joueur de tennis américain Stanley Smith.

Wikimedia Commons

L’Adidas Haillet-Stan Smith naît en 1973, associant le nom béarnais au visage du joueur américain. Le portrait permet de souligner que la basket est « approuvée par Stan Smith ». La cohabitation dure cinq ans, jusqu’en 1978, où par commodité, Adidas décharge sa languette de quelques informations. Le nom « Haillet » disparaît, le visage de Stan Smith reste, le Béarnais s’efface dans les mémoires.

Une icône de la mode

L’histoire de la Stan Smith ne fait que commencer. La chaussure s’aventure bien au-delà des courts de tennis et devient une icône de la pop culture. Les rappeurs américains la popularisent dans leurs clips, tandis que les Français qui s’en inspirent ne manquent pas de reprendre ce code essentiel.

Elle conquiert ainsi les cités HLM, comme le montrera le personnage de Vincent Cassel dans « La Haine » de Mathieu Kassovitz. En 1993, IAM l’immortalise définitivement dans son légendaire « Je danse le Mia » : « Au début des années 80, je me souviens des soirées/Où l’ambiance était chaude et les mecs rentraient/Stan Smith aux pieds… »

Les Adidas Stan Smith, l’un des modèles de baskets les plus vendus au monde.

Les Adidas Stan Smith, l’un des modèles de baskets les plus vendus au monde.

Wikimedia Commons

Vendue à plus de 70 millions d’exemplaires depuis sa création, la chaussure investit les défilés de mode, les plateaux de télévision… Elle gagne le cœur du grand public grâce à une plus grande variété de couleurs. La languette arrière n’est plus seulement verte et le cuir n’est plus forcément blanc. Le fashion faux pas choque les puristes mais ces derniers savent-ils que la Stan Smith a elle-même oublié son Béarn d’origine ?