Pau : le fils de Robert Haillet raconte comment son père a cédé ses droits à Stan Smith

La chaussure a connu quelques problèmes de fiabilité, rappelle, par ailleurs, celui qui a lui aussi fait carrière dans le tennis. « À l’époque où mon père entraînait l’équipe de France, il rentrait le soir avec un carton rempli de semelles décollées. Ils n’arrivaient pas à trouver la colle qui fonctionne avec le caoutchouc. C’est pour ça qu’ils ont pensé à un lacet fin qui entoure la semelle et qu’il y a un petit bourrelet autour de la chaussure. »

Adieu les royalties

Au début des années 1970, Robert Haillet, retiré du circuit professionnel, est promu directeur commercial chez Adidas. Il fait même travailler son fils l’été à l’usine de Landersheim, en Alsace, où sont conçues les chaussures. « Mon père n’avait pas voulu que je sois payé ni avantagé en quoi que ce soit. Mais le dernier jour, Horst Dassler m’avait fait venir dans son bureau et m’avait sorti 1 000 francs en liquide de son portefeuille. Un vrai seigneur. »

Un malin aussi. En 1973, le patron d’Adidas explique à son employé modèle qu’il aimerait attaquer le marché US. Il a besoin pour cela de reprendre les droits de la chaussure pour les confier à un joueur américain. « Et mon père a dit oui ! Quand je lui ai demandé pourquoi, il m’a répondu qu’il était directeur commercial d’Adidas et que s’il répondait non, il aurait peut-être été viré. »

La chaussure prend les traits de Stan Smith mais les Américains font de la résistance. « Les distributeurs ont renvoyé les chaussures parce qu’ils ne voulaient pas voir effacé le mot ‘‘Haillet’’ qui était devenu une référence. C’était la grande fierté de mon père de savoir que son nom était synonyme de qualité aux États-Unis. »

« Il pourrait quand même faire des cadeaux à ton père »

Un bonheur comme seul salaire passé 1973. « Ses copains lui disaient’‘Robert, tu devrais être millionnaire’‘, mais il n’a jamais montré de frustration. Il restait le fils du gardien du Trinquet de Pau. Il affirmait qu’il avait une bonne étoile. La seule chose, c’est qu’il n’a jamais trop su la monétiser. Ma mère était plus remontée, elle me disait « Ce c… de Stan Smith pourrait quand même faire des cadeaux à ton père ! »

Les Adidas Robert Haillet originelles de la collection de Jean-Louis Haillet sont dédicacées par Stan Smith.

Les Adidas Robert Haillet originelles de la collection de Jean-Louis Haillet sont dédicacées par Stan Smith.

Jean-Louis Haillet

Robert Haillet s’est peu à peu éloigné d’Adidas avant un petit retour en grâce au moment du rachat par Robert-Louis Dreyfus en 1993. « Il avait reçu mon père en le remerciant d’avoir contribué à l’essor de la marque. S’il était encore là, je pense que je lui aurais proposé de ressortir l’Adidas Robert Haillet vintage en série limitée. »