Pau : derrière l’affiche du Grand Prix historique, Jean-Loup Fricker alias l’homme aux 1 000 affiches

« Des milliers », pense savoir le Béarnais, qui semble avoir arrêté de compter depuis bien longtemps. Il nous a ouvert les portes de son antre, entre Pau et Nay, alors que sa société signe l’affiche du Grand Prix de Pau historique en hommage à Jim Clark.

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« Des milliers », pense savoir le Béarnais, qui semble avoir arrêté de compter depuis bien longtemps. Il nous a ouvert les portes de son antre, entre Pau et Nay, alors que sa société signe l’affiche du Grand Prix de Pau historique en hommage à Jim Clark.

« Je suis un peu bordélique », sourit Jean-Loup Fricker, en se frayant un chemin dans les étages. Le sexagénaire collectionne les affiches depuis l’adolescence. C’est à 17 ans qu’il dégote sa première réclame d’époque dans une brocante. Elle vante le cadre privilégié du téléphérique d’Artouste, et ses montagnes baignées de couleurs fauves.

« Tout de suite, cela m’a sauté aux yeux, se souvient le collectionneur de 63 ans, par ailleurs conseiller municipal palois. L’affiche est au croisement de l’histoire de l’art, de la communication… et de l’Histoire tout court. Ce sont des objets magnifiques, des lithographies réalisées par des artistes. Il n’y avait pas Photoshop à l’époque », rappelle le passionné à propos du célèbre logiciel de conception graphique. Son ancêtre, la lithographie, permettait la reproduction en plusieurs exemplaires d’un motif réalisé sur une pierre.

Dans sa caverne d’Ali Baba, Jean-Loup Fricker plonge avec gourmandise. Ici, une affiche Art nouveau du Palais Beaumont de Pau. Là, une autre de propagande pour le Service du travail obligatoire (STO) pendant l’Occupation. On y voit une maman réconforter son fiston, en disant : « Finis les mauvais jours. Papa gagne de l’argent en Allemagne ». Plus loin, une autre affiche, anti-Allemands cette fois.

« Je suis collectionneur tous azimuts » affirme Jean-Loup Fricker.

« Je suis collectionneur tous azimuts » affirme Jean-Loup Fricker.

D. L. D.

Une invention française

« Certains sont spécialisés dans le cinéma, l’automobile, etc. Moi, je suis collectionneur tous azimuts », revendique le Béarnais. Une fois dénichées, les affiches sont dorlotées, restaurées, marouflées. Jean-Loup est connu jusqu’au-delà des frontières de l’Hexagone. Il prête parfois ses affiches à des institutions. En fonction de sa dimension, de sa rareté ou de sa signature, une affiche peut voir sa valeur tutoyer les sommets.

« La France est le berceau de l’affiche, souligne Jean-Loup Fricker. La lithographie existait déjà. Mais en 1860, Jules Chéret invente le procédé qui permet d’en réaliser en couleur et grand format. Entre 1900 et 1930, c’est l’âge d’or de l’affichage. Elles sont diffusées dans les rues. C’est le premier média de masse, avec un visuel coloré, forcément accrocheur. »

Il dispose d’une affiche du Grand Prix de Pau datée de 1930.

Il dispose d’une affiche du Grand Prix de Pau datée de 1930.

D. L. D.

Une partie de la collection de Jean-Loup Fricker concerne le Grand Prix de Pau. Le Béarnais déroule un épais rouleau : une affiche originale sur toile, du Grand Prix de 1930. Elle laisse apparaître des traces d’une ancienne humidité. « Je ne la nettoie pas car j’aime penser que ce sont des gouttes de champagne », imagine Jean-Loup Fricker. L’amour des affiches confine parfois à la nostalgie des temps révolus, presque douillets.

Dans les années 1990, Jean-Loup Fricker achète les droits de certaines affiches pour pouvoir en vendre des reproductions. Puis en 2010, il se lance dans l’édition en fondant l’atelier Gazelle productions et Fricker Éditions. Avec le graphiste Xavier Debrettes, ils ont depuis réalisé une centaine de créations. Le style plaît aux communes, qui raffolent du charme vintage d’antan pour faire leur promotion.

« L’affiche, c’est l’art sous contrainte (de format, de couleur, etc.), déroule Jean-Loup Fricker. C’est souvent plus intéressant que l’art sans limite. Il faut faire passer un message avec une image et un texte. » Tout simplement.

Dans une des pièces de la maison aux 1 000 affiches, une carte postale est posée sur un tabouret encombré. En noir et blanc, elle immortalise une place dans un village varois. Jean-Loup Fricker semble la découvrir. Son nom ? « La place des affiches ».

Clark en plein cadre

Elle n’est pas passée inaperçue à Pau. En 2022, l’affiche du Grand Prix de Pau historique met à l’honneur le pilote écossais Jim Clark. L’affiche est signée Gazelle productions, l’atelier de Fricker Éditions. « Je me demandais comment aider le Grand Prix pour son retour, explique Jean-Loup Fricker. J’ai cédé les droits de cette affiche et une partie du produit des ventes est reversée au Grand Prix. »
L’affiche aspire son spectateur. On y découvre Jim Clark, filant vers le pont Oscar à bord de sa Lotus. « Sa tête est au centre avec un regard ultra-concentré. On peut y sentir une angoisse, décrit Jean-Loup Fricker. Jim Clark file vers son destin. » Le pilote meurt en 1968 dans un accident de course à Hockenheim. Avec quatre victoires, il reste détenteur du record en capitale béarnaise. Une exposition lui sera consacrée lors du Grand Prix historique.