Orage de grêle en Dordogne : des agriculteurs du Ribéracois ont tout perdu

« On devait sortir la batteuse la semaine prochaine pour ramasser le blé… », peste son jeune confrère, Sami Beau, 20 ans. Il vient d’obtenir son BTS et compte reprendre une ferme et des engins agricoles désormais lardés de grêlons. « Si je n’étais pas là, mon père aurait déjà tout vendu. Sans moi, ses emmerdes, ils ne les auraient pas. » Mardi 21 juin au matin, il a découvert avec effroi l’état de son élevage de volailles. « On sortait à peine de la grippe aviaire. On avait des poussins de 12 heures dans le hangar, mais la grêle a réussi à pénétrer dans le bâtiment. Beaucoup sont morts. »

Sami Beau, 20 ans, travaille sur l’exploitation familiale.

Sami Beau, 20 ans, travaille sur l’exploitation familiale.

Clément Bouynet

Doléances

Ce mercredi 22 juin, le préfet de la Dordogne, Jean-Sébastien Lamontagne, accompagné d’élus, est venu à la rencontre des agriculteurs du secteur entendre leurs doléances. Le Ribéracois, morne plaine, encore balayé par la pluie. « J’ai survolé le secteur en hélicoptère et j’ai ressenti une impression de dévastation. On se rend compte que l’orage a creusé un sillon, une bande bien visible mais pas très large. »

Le préfet (à gauche) a écouté les doléances des agriculteurs.

Le préfet (à gauche) a écouté les doléances des agriculteurs.

Clément Bouynet

Un constat corroboré par Jean-Phillippe Granger, le président de la Chambre d’agriculture : « Nous sommes là pour faire le point. On ne pourra pas répondre à toutes les questions, mais ce que l’on peut dire, c’est que la conjoncture est compliquée. » C’est un euphémisme. « J’ai avancé 200 000 euros pour les cultures », indique Clément Courteix, impliqué au sein des Jeunes Agriculteurs (JA).

Payer les annuités

« La plupart ont un crédit sur ce qui est semé. Des ventes avaient été engagées, énumère le président de la Chambre d’agriculture. Comment les céréaliers vont-ils faire pour acheter de nouveaux intrants ? Si vous êtes éleveurs, il va bien falloir continuer à nourrir vos animaux. On met dix ans à se remettre d’une telle catastrophe. Dix ans, si nous sommes aidés. » Sami Beau acquiesce : « Cette année, nous avons investi pour 350 000 euros de matériel. Tout marchait bien, on se préparait à une belle saison. Et là, tout s’écroule. Il faudra continuer de payer les annuités. On ne peut que les reporter, et le report a un coût. »

« Il faudra continuer de payer les annuités. On ne peut que les reporter, et le report a un coût »

Le préfet rappelle : « La grêle faisant partie des risques assurables, l’état de catastrophe naturelle ne peut pas être activé, et c’est le régime classique qui s’applique. » Le hic, c’est qu’une infime partie des exploitants a un contrat d’assurance en bonne et due forme : « L’assurance, c’est entre 10 000 et 15 000 euros par an. L’exploitation dégage moins de 10 000 euros annuels de revenus », glisse Clément Courteix. Sur 30 paysans s’étant fait connaître auprès de la Chambre d’agriculture après l’orage, seuls deux ont déclaré être assurés pour leurs champs.

Certains bâtiments sont troués dans le Ribéracois.

Certains bâtiments sont troués dans le Ribéracois.

Clément Bouynet

Soutien de l’État

« Il y a le dispositif prévu par les textes (1), martèle le préfet. Nous sommes là pour voir en quoi il n’est pas suffisant, pas adapté à la situation. Ça ne se décide pas à notre niveau. » Une piste envisageable consisterait à obtenir un classement différent de l’événement climatique. La violence de l’épisode de grêle, son ultralocalisation et la trajectoire horizontale des grêlons pourraient pousser dans ce sens.

Le bâtiment de la Société coopérative agricole du Ribéracois (Scar), à Festalemps (Saint-Privat-en-Périgord), lardé de grêlons.

Le bâtiment de la Société coopérative agricole du Ribéracois (Scar), à Festalemps (Saint-Privat-en-Périgord), lardé de grêlons.

Clément Bouynet

Le monde paysan attend surtout une réaction de l’État et des parlementaires. « Ce que l’on veut, c’est un acte politique », assène Samy Beau, installé à Vanxains, le secteur le plus touché. « Après le début en Ukraine, tout le monde militait pour une relocalisation de la production de tournesol en France. On ne veut pas seulement entendre dire que l’État nous soutient. Là, il a l’occasion de nous le montrer. »

(1) C’est le cas de la loi du 2 mars 2022, déjà promulguée. Elle réforme le système de l’assurance récolte en établissant une couverture contre les risques climatiques plus accessible. Il s’agit d’inciter les exploitants à assurer leurs cultures.