« On tue notre trésorerie » : la hausse de l’énergie et des matières premières fait trembler l’industrie française

A l’usine Aluminium Dunkerque, le 21 janvier 2022. A l’usine Aluminium Dunkerque, le 21 janvier 2022.

En temps normal, les ouvriers de l’aciérie électrique Ascoval se seraient réjouis de la bonne nouvelle : un carnet de commandes plein et la mise en place d’une équipe le dimanche pour y répondre. Mais cette belle annonce industrielle est entachée par l’envolée des prix de l’énergie et des matières premières, liée, en partie, à l’invasion de l’Ukraine, lancée, le 24 février, par la Russie.

« Il n’y a pas encore de pénurie, mais, sur certaines nuances d’acier, cela commence à être compliqué, explique Nacim Bardi, représentant CGT de l’usine de Saint-Saulve (Nord). On se fait avoir, car, sur le nickel, par exemple, il y a des stocks, ce ne sont pas des pénuries, juste des spéculations de marché. » Le groupe sidérurgiste allemand Saarstahl, qui a repris les rênes du site nordiste à l’été 2021, ainsi que le site d’Hayange (Moselle), espère « une désescalade la plus rapide possible de la situation » en Ukraine. Pour l’instant, la direction indique que « l’approvisionnement de Saarstahl Ascoval n’est actuellement pas affecté ». Mais « les coûts de l’énergie, en constante augmentation, continuent d’être un lourd fardeau économique ».

Tout comme à Saint-Saulve, l’ensemble du tissu industriel français est fragilisé par les hausses de coûts et la perspective de pénurie de certaines matières premières exportées notamment par la Russie. En Normandie, l’usine d’engrais azotés du norvégien Yara a décidé de réduire de 45 % sa production, notamment d’ammoniac, le gaz représentant les trois quarts des coûts de fabrication de ce composé chimique. Même décision dans la vallée de la chimie, près de Lyon, où le spécialiste de l’aspirine Seqens a suspendu partiellement ses opérations du fait des prix de l’énergie.

« Devoir probablement produire à perte »

Aluminium Dunkerque, la plus grande unité de production d’aluminium d’Europe, sis dans le Nord, avait déjà pris des mesures d’économie avant l’éclatement du conflit. Malgré le cours élevé de l’aluminium, l’entreprise a souffert de la flambée des prix de l’électricité, qui provient en majorité de la centrale nucléaire de Gravelines (Nord), et a décidé, dès l’automne 2021, de mettre à l’arrêt 31 cuves sur 264, soit une réduction de 15 % de sa production.

Alors que l’Etat a forcé EDF à augmenter, à partir du 1er avril, de 20 térawattheures (TWh) le plafond de l’Arenh, cette électricité à tarif régulé que l’électricien public a l’obligation de céder à une partie de la concurrence, l’usine hésite encore à redémarrer certaines cuves. « On attend au maximum. Mais si on veut bénéficier de l’Arenh, il faut qu’elles soient toutes en route au 1er avril », indique Laurent Geeraert, secrétaire CGT du comité social et économique.

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