« Notre combat a un sens, il est juste et légitime » : dans l’Aveyron, les ex-salariés de la SAM refusent de quitter l’usine

Des ex-salariés de la SAM (Société aveyronnaise de métallurgie) manifestent devant leur usine, à Viviez, le 22 janvier 2022. Des ex-salariés de la SAM (Société aveyronnaise de métallurgie) manifestent devant leur usine, à Viviez, le 22 janvier 2022.

« Je n’ai effectué aucune recherche d’emploi, car je ne veux pas aller ailleurs », avertit, décidée, Fabienne, qui a travaillé trente-trois ans à la Société aveyronnaise de métallurgie (SAM), une fonderie automobile entrée en service en 1973 à Viviez, au cœur du bassin houiller de Decazeville (Aveyron).

Au terme de vingt-trois mois d’un feuilleton à rebondissements, du redressement judiciaire en décembre 2019 à la liquidation prononcée en novembre 2021, laissant 330 personnes sans emploi, cette ancienne salariée y croit encore et agit comme si de rien n’était. « Tous les jours, je me rends au boulot. Je vais à l’usine », affirme cette femme proche de la soixantaine, très attachée à la SAM. « C’est ici que j’ai rencontré mon mari Bernard. Ici, on a tout vécu ensemble, les mariages et les naissances des collègues. »

Lire aussi Article réservé à nos abonnés « Nous sommes tous SAM » : en Aveyron, le mince espoir de reprise de la fonderie automobile

Même si les machines ont cessé de fonctionner depuis quatre mois, les anciens salariés n’ont jamais abandonné leur usine. Depuis 133 jours, ils veillent en continu, nuit et jour, sur les outils industriels. L’enjeu est clair : afin de trouver un repreneur, la SAM ne doit pas être ​dépouillée de ses équipements pour être en capacité de redémarrer rapidement. Mais, dans sa décision du mardi 29 mars, le tribunal judiciaire de Rodez a ordonné ​l’évacuation ​des locaux​. Toutefois, la juridiction leur a accordé un délai de grâce, qui se terminera mardi 5 avril, à 14 heures précises.

Deux garanties

« Les mandataires ont une mission encadrée par la loi : a​chever la mise en sécurité du site et procéder à la cession des actifs. Pour y parvenir, il faut que les lieux soient vidés », justifie ​Jérôme Carles, ​l’avocat des comandataires liquidateurs qui ont assigné, le 28 février, les ​ex-​​employés pour « occupation illicite » et « danger imminent du maintien en service sur le site de fours contenant de l’aluminium en fusion ». « Or, l’occupation nous interdisait d’assurer le site » , argumente ​le conseil. « Et la facture de gaz et d’électricité pour faire fonctionner les fours s’élève à près d’un million d’euros sur les trois derniers mois. »

MH Industries, un fabricant de pièces métalliques du Lot, étudie une relance de l’activité de la SAM, avec le soutien de la région Occitanie

Les salariés, eux, ont décidé de ne pas​ obtempérer. Lors de la dernière assemblée générale, mardi 29 mars, ils ont voté en faveur de la poursuite de l’occupation des lieux, le temps d’obtenir deux garanties : un document signé par les mandataires qui s’engagent à ne pas vendre ou découper l’outil industriel et la mise en place d’un service de sécurité à l’entrée de l’usine. « Collectivement, on dit qu’on ne doit pas toucher à la SAM. ​Notre combat a un sens, il est juste et légitime. Renault et les autres ne nous feront pas passer pour des victimes coupables », s’étrangle, en colère, David Gistau, membre CGT du comité social et économique (CSE). « Coupables de quoi ? De conserver notre dignité pour avoir un frigo plein ? De permettre à nos enfants de faire des études ? De permettre l’émergence d’un projet industriel ? »

Il vous reste 42.75% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.