Musique à Bordeaux : « C’est inespéré de pouvoir présenter nos guitares à l’Opéra »

Pour Hervé Bérardet, luthier reconnu maître artisan, cette invitation a quelque chose d’«…

Pour Hervé Bérardet, luthier reconnu maître artisan, cette invitation a quelque chose d’« inespéré. C’est la première fois que des instruments ‘‘non classiques’’ seront présentés à l’opéra. Et c’est la première fois qu’on valorise un métier de l’ombre comme le nôtre », apprécie ce professionnel installé rue Saint-James, à Bordeaux.

Ce, grâce à un partenariat entre la Réunion des opéras de France (ROF), qui fédère toutes les maisons d’opéra, et l’Institut technologique européen des métiers de la musique (Itemm). Si Hervé Bérardet a été choisi parmi les nombreux luthiers aquitains, c’est parce qu’il a été formé à l’Itemm, mais aussi parce qu’il développe un concept de guitares « modulaires » sous la marque Osiris.

Des guitares démontables

« On répond en fait à des demandes de guitaristes qui se plaignaient d’avoir eu leurs instruments cassés lors de voyages en avion ou de ne pas avoir pu voyager avec leurs propres instruments », explique-t-il. Ses guitares, qui seront exposées au Grand-Théâtre, peuvent ainsi être démontées pour voyager comme bagages accompagnés. Mais elles présentent aussi l’avantage de dissocier la partie centrale, avec les micros. On peut ainsi en changer pour avoir plusieurs types de son (blues, jazz, rock…) en gardant le même manche.

Six modèles de guitares conçus par Hervé Bérardet. Les quatre qui se situent sur les côtés sont de marque Osiris, et démontables.

Six modèles de guitares conçus par Hervé Bérardet. Les quatre qui se situent sur les côtés sont de marque Osiris, et démontables.

Laurent Theillet/ « SUD OUEST »

Un argument commercial ? « Depuis qu’on a lancé Osiris, en juin 2020, notre chiffre d’affaires est en bonne progression, reconnaît Emma, l’épouse d’Hervé Bérardet. Il nous permet aussi de faire plus de création que de réparation. Aujourd’hui, on fabrique une douzaine de guitares par an. »

À des prix qui, certes, ne sont pas les mêmes que ceux des luthiers industriels : 3 000 euros minimum, 8 000 pour un modèle Osiris. « On fait du haut de gamme. Mais en misant aussi sur une démarche écoresponsable, en valorisant des bois locaux. On remplace l’acajou par du tilleul ou de l’érable et l’ébène par du noyer ou du poirier. C’est un pari. Quand on a commencé, il y a trente ans, en Saône-et-Loire, on était les seuls. Maintenant, de plus en plus de luthiers s’y mettent. »