Mont-de-Marsan : le déménagement du marché Saint-Roch pour cinq semaines, une question d’habitude

« Dès ce samedi après-midi (18 juin, NDLR), le marché sera fermé au stationnement, et les camions de matériel du festival flamenco arriveront lundi », annonce Bertrand Destruhaut, le seul et unique placier du marché. Le 4 octobre prochain, cela fera dix-huit ans qu’il est dans la place, c’est le cas de le dire.

Le marché du samedi sous la halle Saint-Roch, qui sert de parking couvert le reste du temps.

Le marché du samedi sous la halle Saint-Roch, qui sert de parking couvert le reste du temps.

Philippe Salvat

Ce déplacement des commerçants, plus d’une centaine le samedi, n’est qu’un retour à ce qui se faisait dans l’ère avant Covid. Mais on a pu l’oublier après deux années durant lesquelles le marché n’a pas bougé du centre-ville, puisque les autres animations étaient annulées, réduites ou déplacées pour raisons sanitaires.

« Mardi, je sais que je ne vais faire que courir », anticipe M. Destruhaut. Quelques kilomètres de plus sur la grosse vingtaine qu’il parcourt habituellement. « Et il me faudra sept ou huit rallonges électriques pour dépanner. » Dans sa voiture qui lui sert de « caisse à outils », il a tout le matériel qu’il faut. D’avance, il savoure « les cafés et les sandwichs du Stade Montois basket ». Car, à chaque débarquement des commerçants et de leur clientèle dans le quartier de Barbe-d’Or, le club vient tenir une buvette « dès 5 heures, car il n’y en a pas dans les alentours ».

Pas les mêmes clients

« Ça va être différent », confirme Nicolas de la Rosa, producteur commerçant de fruits et légumes, qui vient du Lot-et-Garonne. « Les gens qui viennent ici ne viennent pas là-bas, et là-bas on aura des gens de passage, résume-t-il. Au moins, il y a de la place pour le parking ! En revanche le goudron, ça chauffe… »

« Danièle, vous viendrez samedi prochain ? »

En ce dernier jour de marché avant déménagement, tous les commerçants font passer le message en rendant la monnaie. Comme Christine, venue de Saint-Sever, et Patrice, arrivant de Préchacq-les-Bains, qui lancent à une cliente, au-dessus de leurs étals respectifs de charcuterie : « Danièle, vous viendrez samedi prochain ? » La Montoise au chariot bien rempli assure qu’elle sera fidèle au rendez-vous, dans un petit sourire de résignation.

Bertrand Destruhaut sait que les commerçants travaillent moins là-bas, que la fréquentation est moindre parce que les clients ne suivent pas. « Mais celui qui me dit que c’est à cause du stationnement, c’est un menteur, parce qu’il y a de la place pour se garer. Le problème, c’est qu’on change les habitudes. Ça a été pareil quand on a mis en place un circuit à cause du Covid, pour faire en sorte que les gens passent devant tous les étals. Finalement, ça a permis à des commerçants de se faire voir par de nouveaux clients. »

Un bon chiffre d’affaires en juillet l’été dernier… en centre-ville

« Je comprends la logique que décrit Bertrand, commente Patrice en râlant. Mais si on vous divisait votre salaire par deux, vous ne seriez pas d’accord. Je perds la moitié de mon chiffre d’affaires, et même plus, vu le très bon chiffre que j’ai fait en juillet l’an dernier, quand, exceptionnellement, on a travaillé en centre-ville. » D’autant que cette année, l’exil durera cinq semaines et non quatre, par un effet calendaire et les dates des animations. « Les clients, ça fonctionne à l’habitude, insiste le commerçant. Certains ne les changent même pas pour aller jusque dans la seconde halle. »

La force de l’habitude, ça peut fonctionner à l’inverse, comme pour M. et Mme Dubroca, des clients saisis entre deux stands. Eux assurent qu’ils seront au stade samedi prochain, puisqu’ils ont « l’habitude d’y aller quand le marché déménage ! ».

Hervé, qui vend ses acras sur la place Saint-Roch, a fait ses calculs. Il ne fera pas le marché montois cet été, ni à Boniface, ni à Saint-Roch au mois d’août. Mais il a trouvé la parade : « Tout l’été, il y aura des livraisons spéciales d’acras au QG », le bar juste derrière son stand.

« Pour les commerçants de Saint-Roch, ça fait une différence aussi, constate le placier. Mais le flamenco, ça fait vivre la ville également. » Trouver et faire une place à chacun, plus qu’un métier, une philosophie.