Mont-de-Marsan : après avoir fui l’horreur dans leurs pays, deux familles menacées d’expulsion

La première nommée et ses cinq enfants avaient déjà pu bénéficier d’une telle mobilisation il y a un an. Les lycéens de Victor-Duruy avaient alors fait front et récolté 30 000 signatures pour éviter l’expulsion de leur camarade et aînée de la fratrie, Maria, ses quatre frères et sœurs et sa mère, Patricia…

La première nommée et ses cinq enfants avaient déjà pu bénéficier d’une telle mobilisation il y a un an. Les lycéens de Victor-Duruy avaient alors fait front et récolté 30 000 signatures pour éviter l’expulsion de leur camarade et aînée de la fratrie, Maria, ses quatre frères et sœurs et sa mère, Patricia Dunga Nowah.

Originaire de République démocratique du Congo (RDC), la cheffe de famille y a été enfermée, en 2018, pour des raisons ethnico-religieuses. « J’y ai été violée, torturée », lâche la maman dans un sanglot, tandis que son petit dernier, 10 ans, se couvre les oreilles. Elle parvient à s’échapper avant que des membres de l’église où elle travaillait ne l’aident à s’envoler avec ses enfants pour la France, où elle demande l’asile en 2019, sans succès.

Violences sexuelles

Des sévices et de l’ultraviolence, c’est ce que Marie-Denise Djama-Eibete a, elle aussi, fui. En 2012, la guerre civile qui frappe la Centrafrique la force, avec son mari et ses cinq enfants, à quitter le pays pour le Maroc. Après quelques années d’exil, son mari décide qu’il est temps pour les filles de la famille de rentrer au pays pour y être excisées, comme le veut la tradition qu’il veut suivre. « J’ai refusé, malgré les coups qu’il m’infligeait. Il m’a battue, même devant les enfants », souffle-t-elle. Prétextant emmener la fratrie en vacances, elle s’envole pour la France, sans billet retour.

Mais, pour elle aussi, la demande du statut de réfugié, déposée il y a trois ans, est refusée. Malgré les menaces d’excision pesant sur ses filles de 16, 13 et 7 ans, la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) indique qu’elle ne dispose pas suffisamment de preuves des violences qu’elles pourraient subir.

« La préfecture justifie presque tous ses rejets par ce qu’ils considèrent comme un manque de preuves », se désole Me Marianne Savary-Goumi, avocate des deux familles. « Mais quand on fuit son pays en état de grande détresse, on ne prend évidemment pas le temps de constituer un dossier avec des justificatifs de violences et autres sévices. »

« L’opinion publique s’émeut des exactions de ces mêmes troupes Wagner en Ukraine »

Comble du cynisme : alors que Marie-Denise bataillait devant le CNDA pour prouver le danger que représentait un retour au pays, sa mère était tuée lors d’un raid des troupes russes Wagner, soutiens des rebelles, sur son village de Bossangoa, d’où est originaire l’ex-président Bozizé. « L’opinion publique s’émeut en ce moment des exactions de ces mêmes troupes Wagner en Ukraine », rappelle Gérard Kerforn, du collectif Réseau éducation sans frontières (RESF). « Les bourreaux sont les mêmes. Pourtant, la France accueille plus volontiers les réfugiés ukrainiens que ceux de Centrafrique. Le tri sélectif des douleurs, ce n’est pas possible. »

Comme Patricia et ses enfants à l’époque, la famille Djama s’est vu intimer l’ordre de quitter le logement mis à disposition par le Centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada). Selon les procédures en place, les occupants ont trente-et-un jours pour partir, à compter du second refus du statut de réfugié. À l’époque, Patricia avait pu bénéficier de la mobilisation des élèves de Duruy ainsi que du Réseau éducation sans frontières, qui avaient trouvé une solution temporaire.

Ni papiers, ni logement

Des soutiens qui se sont de nouveau mis en branle. À la fois pour trouver un logement d’urgence à Marie-Denise et ses enfants, mais également pour la famille Dunga Nowah. Car l’hébergement temporaire s’est transformé en permanent, sans pour autant être pérenne. « On trouve des logements pour les Ukrainiens qui fuient l’horreur. C’est tant mieux. mais ça montre qu’il y a des places, des appartements vacants qu’on peut réquisitionner », peste Valérie El Bakkali, du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap).

Patricia Dunga Nowah, aux côtés d’Angela, 13 ans, et Emmanuel, 10 ans.

Patricia Dunga Nowah, aux côtés d’Angela, 13 ans, et Emmanuel, 10 ans.

Philippe Salvat

Pour pouvoir prétendre à un logement social, Patricia a déposé une demande de titre de séjour il y a un an, pour l’heure sans réponse. « Le délai légal de traitement d’une demande de séjour est de quatre mois, mais pour une première demande, ce délai n’est jamais respecté », regrette Me Savary-Goumi. Dans l’attente du sésame, la maman ne peut pas travailler et dépend des aides de la Croix-Rouge, du Secours populaire et des Restos du cœur, où elle est bénévole.

Seule éclaircie dans la brume pour les deux familles : la mobilisation du président du Conseil départemental des Landes, Xavier Fortinon. « Un courrier va être rédigé et envoyé avant le week-end à la préfète », indique Lionel Niedzwiecki, directeur de la communication du Département. « On parle de fratries importantes, intégrées, les enfants font des études. L’un d’eux est atteint d’un handicap (l’un des fils de Marie-Denise, NDLR). L’État doit prendre tout ça en considération. Il est hors de question qu’ils se retrouvent à la rue. »