Luxe : Petrusse se réinvente en affirmant son ancrage local à Langon

Maison d’enfance parmi d’autres de François Mauriac, l’imposante demeure Second Empire qui porte son nom, n’est pas celle des souvenirs heureux de l’écrivain. Installée en bordure de voie ferrée, près de la gare, c’est le décor de « Génitrix ». Loin des ambiances confinées du roman, le château aujourd’hui baigné de lumière vibre des couleurs chatoyantes des écharpes et tissus. Pour sa première collection, la nouvelle propriétaire qui est aussi la directrice artistique s’est imprégnée de son environnement, la nature foisonnante du parc, mais aussi les toiles de Beautiran. « Il y avait une manufacture d’indiennes dans le village et une dame fait encore vivre un petit musée sur place, raconte Florence Lafragette. J’ai fouillé dans les archives de la fabrique, retrouvé les imprimés qui ressemblent à ceux des toiles de Jouy. Je m’en suis inspiré et je les ai ré-assemblé pour créer un nouveau motif. » Cet entrelac de végétaux au milieu duquel se dissimulent quelques animaux naïfs est devenu la nouvelle signature de Petrusse. On le retrouve notamment sur les emballages et les tissus d’ameublement que décline la marque.

Le château Mauriac à Langon a servi de décor à « Génitrix ». Il accueille aujourd’hui le siège de Petrusse.

Le château Mauriac à Langon a servi de décor à « Génitrix ». Il accueille aujourd’hui le siège de Petrusse.

Claude Petit/”SUD OUEST”

Du lin 100 % made in France

Monique Reynen la fondatrice de Petrusse, passionnée par l’Inde, y choisissait ses tissus, parfois parmi des cachemires anciens, et y faisait confectionner ses étoles. Sans renier cet héritage, la nouvelle créatrice a voulu diversifier l’offre et proposer de nouvelles matières produites plus localement. Des écharpes en lin 100 % « made in France » ont ainsi rejoint les collections de la marque dès 2020. « Le lin est récolté, tissé, imprimé et assemblé en France, précise Florence Lafragette. Pour le coton, c’est plus difficile. Mais j’ai réussi à en trouver un tissé et imprimé en France. La soie vient de Lyon ou d’Italie, où on en trouve à des prix plus accessibles. Et nous avons gardé des fournisseurs historiques en Inde, notamment pour les jacquards, et des ateliers. Mais en restant très vigilants sur l’origine des matières et les bonnes conditions de travail. »

En prenant la tête de Petrusse, Florence Lafragette s’est d’abord posé la question de relocaliser complètement l’activité en installant un atelier sur place. Mais elle s’est heurtée à plusieurs difficultés, notamment la disparition de certains savoir-faire localement, et a finalement renoncé. « Si l’outil de production était ici, je serais forcément limitée dans mes choix. » Le fait de pouvoir faire appel à des fournisseurs et des ateliers de confection différents offre beaucoup plus de souplesse et permet à Petrusse de proposer des micro-collections tous les quinze jours.

Chaque bout de tissu est utilisé

Le château Mauriac abrite cependant à l’étage un petit atelier de couture, dirigé par Clémentine Gaboriaud. C’est ici que les idées de la créatrice prennent forme pour la première fois. « Je réponds aux rêves de Florence », s’amuse la responsable des lieux. C’est ici aussi que sont imaginés les accessoires, chouchous, turbans et autres manchons. Ils sont confectionnés dans les tissus des années précédentes. « Là, ce sont deux étoles d’une ancienne collection qu’on transforme et revalorise en capes en y ajoutant de la fausse fourrure, précise la jeune femme. Tout est optimisé pour avoir le moins de perte possible. Chaque bout de tissu est utilisé. »

Dans l’atelier couture, tous les tissus sont valorisés.

Dans l’atelier couture, tous les tissus sont valorisés.

Claude Petit/”SUD OUEST”