Lot-et-Garonne : les agriculteurs contrent le coup de chaude grâce aux hélicos

Malgré les systèmes d’aération dont ils sont dotés, la température a dépassé les 40…

Malgré les systèmes d’aération dont ils sont dotés, la température a dépassé les 40 degrés sous les chapelles de verre et autres tunnels de plastique. « S’il fait trop chaud, la gariguette mûrit trop vite. Elle devient acide, manque de sucre et ramollit. On constate aussi une perte de calibre », explique Thierry Cecchinato, installé à Bias, près de Villeneuve-sur-Lot. Inconcevable au prix de la barquette. Inimaginable aussi en termes de main-d’œuvre. Comment trouvez suffisamment de monde pour ramasser la production de milliers de plants arrivés d’un coup à maturité ?

Chez un fraisiculteur d’Espiens, dans le Néracais, Éric Pagé prépare le mélange, dosé selon la demande de l’agriculteur.

Chez un fraisiculteur d’Espiens, dans le Néracais, Éric Pagé prépare le mélange, dosé selon la demande de l’agriculteur.

Loïc Déquier/»SUD OUEST »

Pour éviter le désert sous les serres, le professionnel a anticipé les caprices annoncés de la météo pour prendre rendez-vous. « Si tu réagis deux jours avant, c’est la guerre », résume le fraisiculteur, désormais serein pour les semaines à venir. « Les serristes sont tendus, c’est un peu la folie », confirme Dominique Aury. L’homme est aux manettes de Giragri, une entreprise de travail aérien par hélicoptère basée à Thénac, en Charente-Maritime.

Un coup de chaux

Surveillance du réseau électrique, traitement contre les moustiques font partie des missions que remplissent les pilotes. Dans toute la France, en Espagne et même en Chine. L’épandage aérien, aujourd’hui interdit pour tout produit phytosanitaire, fait partie du passé. Mais les travaux agricoles les occupent encore beaucoup. En Lot-et-Garonne, notamment, où trois des cinq hélicoptères de la flotte sont détachés – un autre était en Dordogne – depuis une semaine et pour encore une bonne quinzaine.

Pour le plein de produit, comme de carburant, rien de plus simple. Un camion suit l’hélico.

Pour le plein de produit, comme de carburant, rien de plus simple. Un camion suit l’hélico.

Loïc Déquier/ « SUD OUEST »

Les Bell 47 de Giragri, aussi rustiques que maniables, sont lancés dans une course contre la montre. Pour le compte de coopératives, essentiellement, ils pulvérisent sur la toiture des serres des bases de chaux mélangée à une résine naturelle pour qu’elle colle. « En fonction des besoins du client, elle est plus ou moins dosée », détaille Dominique Aury. Pour protéger ses fraises, Thierry Cecchinato a demandé qu’on y applique 10 grammes/mètre carré. « Et sans doute 5 g/m² en fin de culture s’il continue à faire chaud, pour tenir jusqu’à fin juin. » L’enjeu est simple : faire baisser la température par l’ombrage sans anéantir les effets de la photosynthèse. La lumière du soleil doit toujours joue son rôle.

Sauts de puce dans la campagne

Pour les producteurs, la météo changeante a lancé une course contre la montre. Les pilotes font des sauts de puce dans la campagne avec la vallée du Lot comme arête centrale. Le manège est bien rodé. Chaque équipe est composée d’un duo. Aux manettes de l’hélicoptère, un pilote qui ne se déplace jamais sans son mécanicien suiveur. Au volant du camion, ce dernier assure le ravitaillement en carburant, prépare les produits et assure un suivi de la machine.

Entre deux aspersions, le jeune pilote nettoie la bulle de son appareil.

Entre deux aspersions, le jeune pilote nettoie la bulle de son appareil.

Loïc Déquier/»SUD OUEST »

Par dérogation, les engins de Giragri bénéficient d’autorisations de vol les affranchissant des règles en vigueur. « On peut voler à un mètre du sol, on a le droit de se poser n’importe où en campagne… », énumère Dominique Aury. Seuls la pluie ou un vent à plus de 20 km/h les arrêtent. Pour ne pas crépir la véranda des voisins mais aussi, et surtout, pour que le traitement soit efficace et que les conditions de sécurité soient optimales. La bulle de l’hélico blanchit rend les manœuvres périlleuses. « On intervient à hauteur d’arbres, de poteaux et de lignes électriques », décrit Viktor Lucas qui fait équipe avec Éric Pagé.

Pilotage de précision

Le professionnel apprécie la finesse de pilotage, la précision et la concentration qu’exige la pratique. Le voir à l’œuvre, avec des renversements en bout de serres, est un sacré spectacle. Il ne faut pas perdre de temps. Question de rentabilité et façon de répondre aux nombreuses sollicitations. Une serre de 10 hectares peut demander une journée de travail. Un quart d’heure suffit pour le blanchiment d’une structure de 2000 mètres carrés.

Le Bell 47, rustique et agile, a l’autorisation de se poser partout en campagne.

Le Bell 47, rustique et agile, a l’autorisation de se poser partout en campagne.

Loïc Déquier/»SUD OUEST »