Lot-et-Garonne : d’Aucy « ne sait plus quoi faire » pour conserver ses saisonniers

« Nous avons démarré la semaine dernière avec les premiers tours de roue pour les petits pois. Nous sommes rentrés dans le vif du sujet cette semaine. Pour l’instant, on travaille…

« Nous avons démarré la semaine dernière avec les premiers tours de roue pour les petits pois. Nous sommes rentrés dans le vif du sujet cette semaine. Pour l’instant, on travaille avec des saisonniers réguliers que nous avons réussi à fidéliser, qui viennent de Sainte-Livrade-sur-Lot, Castelmoron, Tonneins et Villeneuve-sur-Lot. Mais pas de plus loin, comme les Agenais », détaille Patrick Leclercq, responsable des ressources humaines depuis 2019.

Cooptation ?

« Lors du salon Garonne emploi à Marmande, des anciens saisonniers sont passés au stand et ils nous ont dit que cela leur faisait trop de route avec la flambée des prix du gazole », poursuit l’intéressé. Du coup, les têtes dirigeantes sont en quête de solutions.

« Pour la petite histoire, on travaille avec Pôle emploi sur les méthodes de recrutement par simulation : sur 1 600 demandeurs d’emploi sollicités, seuls huit sont venus », déplore encore le responsable. 8 000 flyers vont être distribués dans les boîtes aux lettres de la commune pour informer de la disponibilité de postes de conducteurs de ligne, agents de production, caristes, agents de maintenance, chefs d’équipe et contrôleurs de qualité produit.

« On ne sait plus quoi faire pour aller chercher des candidats, c’est la catastrophe », affirme Pierre-Alain Cazes, qui a pris la tête de l’usine, il y a trois mois seulement. La cooptation serait une autre des pistes envisagées. « Il s’agirait de savoir comment rémunérer les collaborateurs qui permettent de recruter des candidats », indique cet habitué de l’agroalimentaire. L’équipe est aussi en train de solliciter une agence pour faire venir de la main-d’œuvre étrangère d’Espagne, du Portugal et du Maroc, plus avantageux pour la langue. Une première depuis l’ouverture du pôle de production situé sur la route de Casseneuil.

40 % de pertes

« Une prime de fidélisation est pourtant versée au bout de trois ans pour ceux qui reviennent », rappelle Patrick Leclercq. La pénurie de personnel n’est pas la seule crainte de d’Aucy en cette fin du mois de mai. Le premier légume à passer en conserve, le petit pois, a subi de plein fouet le gel, et plus étonnant, les foudres du vent des sables.

« Le vent du Sahara a déposé une pellicule sur leurs feuilles, ce qui a eu pour effet d’empêcher leur photosynthèse », développe le successeur d’Olivier Masnin, parti à la Réunion reprendre une usine de produits locaux. Résultat, 40 % de la récolte a été détruite.

Colza et tournesol sont préférés par les agriculteurs.

Les prévisions pour le maïs, qui représente 70 % de l’activité de Castelmoron s’annoncent aussi compliquées. « Le maïs conso (à destination des animaux) est beaucoup mieux rémunéré que le doux. Nous avons par conséquent eu des difficultés à avoir des agriculteurs sur cette filière, d’autant que les cours du tournesol et du colza se sont envolés. Ils sont donc préférés par les exploitants. » Le maïs reste toutefois mieux rémunéré que le haricot vert (3e et ultime produit mis en conserve ici).

Mais d’autres menaces pèsent pour le groupe, à qui les distributeurs de gaz ont demandé d’effectuer un délestage, en raison de la dépendance russe.

L’usine Depenne conditionne petits pois, haricots verts et maïs (c’est la seule en France à traiter ce dernier).

L’usine Depenne conditionne petits pois, haricots verts et maïs (c’est la seule en France à traiter ce dernier).

C. C.

Pour ce qui concerne le coût des matières et des consommables, les dirigeants ont senti la hausse des prix bien avant la guerre en Ukraine. « Le marché chinois et ses ports fermés ont limité les transactions et les possibilités de se fournir. On a dû se tourner vers des fournisseurs européens et la guerre est arrivée par-dessus, livre encore Pierre-Alain Cazes. Nous avons constaté 25 % d’augmentation sur nos boîtes en fer blanc. Une partie vient d’Ukraine mais pas que… »