Lot-et-Garonne : Après avoir gagné le challenge La Voyageuse, Aurélie veut inciter les femmes à voyager seules

Mais Aurélie est du genre à multiplier les projets. Et à saisir les opportunités….

Mais Aurélie est du genre à multiplier les projets. Et à saisir les opportunités. Voire de se mettre au défi. Alors lorsque, par hasard, elle est tombée, sur les réseaux sociaux, sur le Challenge éco-tour La Voyageuse, elle a sauté le pas. « Et vous avez devant vous la gagnante du challenge ! » La Voyageuse, désormais appelée Sister Home, c’est une plateforme lancée en 2019 par Christina Boixière, Bordelaise d’adoption. Le principe est simple : des femmes, qui vivent seules ou en famille, hébergent gratuitement des voyageuses solos (lire ci-dessous).

Pour ce challenge, des femmes devaient partir au minimum une semaine, seules, de manière la plus écoresponsable possible. Malgré quelques réticences de son entourage mais encouragée par son mari et sa propre détermination, la trentenaire a endossé un sac de 14 kg est a fait du stop, pris trains et bus, a marché. Pendant dix jours. Jusqu’au Vercors. Ce périple, jusqu’à ce massif si cher à Bashung, l’a profondément marquée. « J’ai pleuré tous les jours. Pas de tristesse, ça non. Mais j’ai vécu des émotions tellement vives… Je me suis sentie plus vivante que jamais. » Un périple qu’elle a relayé sur les réseaux au fur et à mesure de son parcours. « Je me suis prise au jeu. Et j’ai tout raconté ! Toutes les émotions que je vivais, je les transmettais. Je veux donner envie aux femmes d’oser partir seules. »

Impatiente d’héberger

Qu’est-ce qui pousse, selon elle, une femme à ne pas partir à l’aventure en solitaire ? « Le fait de ne pas se sentir en sécurité », assure-t-elle. Si le voyage solo des femmes se développe, il reste encore rare. Et source d’inquiétudes. « Mais au-delà de ses propres angoisses, celles de l’entourage peuvent aussi freiner les femmes. Pendant mon voyage, j’ai eu un gros stress. Mais je me suis vite mise en sécurité et j’ai continué malgré tout. L’idée était de me surpasser. »

Voyageuses et hébergeuses ont toutes cette volonté d’aller à la rencontre de l’autre

Pendant ses dix jours, Aurélie a dormi dans des gîtes, et bien évidemment chez des hébergeuses du réseau La Voyageuse. « C’était génial. J’étais tranquille, je savais que je dormais à l’abri. Et puis j’ai beaucoup échangé avec elles, je me suis imprégnée de leurs modes de vie. »

À son retour au bercail, elle n’a pas hésité une seconde et s’est inscrite en tant qu’hébergeuse sur la plateforme. « Je veux donner aux femmes un espace sécurisé, je veux les connaître, partager des instants de vie. Voyageuses et hébergeuses ont toutes cette volonté d’aller à la rencontre de l’autre. »

Au départ très axée sur les grandes villes, La Voyageuse-Sister Home est aujourd’hui étendue aux zones plus rurales. Aurélie et son mari offrent à leurs futures hôtes « un havre de paix, une maison qu’on restaure depuis cinq ans, entourée de champs. » Elle devrait accueillir sa première invitée d’ici une dizaine de jours. « Marie, une jeune retraitée qui vit dans le vignoble nantais et qui voyage à vélo. Elle travaillait dans l’arboriculture, on va pouvoir partager plein de choses ! », s’enthousiasme la jeune femme. Et elle ne cherche même pas à camoufler son impatience.

Un système de pass

La Voyageuse-Sister Home fonctionne avec un système d’inscription et de pass. Une baroudeuse solo devra s’acquitter d’un forfait de 119 euros à l’année pour avoir accès à un réseau d’hébergeuses, dûment vérifiées. Elle peut ensuite réserver gratuitement autant d’hébergements qu’elle le souhaite. Cet été, un pass saisonnier devrait voir le jour. Et avec une ouverture à l’international dans les tuyaux, et donc avec une cible plus jeune, un pass pour les moins de 26 ans, à un prix moindre, doit aussi être créé.

La Bordelaise Christina Boixière a créé La Voyageuse-Sister Home en 2019.

La Bordelaise Christina Boixière a créé La Voyageuse-Sister Home en 2019.

Claude Petit

Un outil pour encourager les femmes à voyager seules

Christina Boixière, Taïwanaise d’origine et Bordelaise d’adoption, a créé en 2019 une plateforme d’hébergement : La Voyageuse. Son idée était de créer un outil d’émancipation des femmes, afin de leur permettre de voyager seules en toute sécurité, en s’appuyant sur un réseau d’hébergeuses de confiance (leurs profils sont scrupuleusement vérifiés), avec qui elles peuvent partager bons plans, repas, café, voire escapades, au bon gré de la personne qui accueille. Selon Christina, pendant un voyage solo, « 81 % femmes ont peur pour leur sécurité personnelle mais craignent aussi le jugement et l’ennui. Pouvoir s’appuyer sur une femme de confiance brise ces doutes. La voyageuse qui n’a pas envie d’être seule peut partager un verre, raconter sa journée… »
Couronnée de plusieurs reconnaissances (1), la start-up, créée moins d’un an avant cette crise majeure pour le tourisme qu’est le Covid, a su s’adapter. « Nous avons vécu deux années difficiles, reconnaît Christina. Mais cela nous a permis de réorienter notre service vers des solutions écoresponsables, en ne ciblant que des Françaises. Finalement, en ne pouvant sortir des frontières, beaucoup de voyageuses ont redécouvert la France. » Un passage dans l’émission de France 2 « Une idée pour la France », en mai dernier, a accéléré le mouvement.