Livraison de repas à Angoulême : le petit avalé par les grands

Manque de moyens, modèle social différent, crise sanitaire : les difficultés se sont accumulées pour Sébastien Terre, fondateur de l’entreprise née à Limoges. « On avait 5 % de parts du marché de la livraison, jusqu’à l’arrivée d’Uber Eats…

Manque de moyens, modèle social différent, crise sanitaire : les difficultés se sont accumulées pour Sébastien Terre, fondateur de l’entreprise née à Limoges. « On avait 5 % de parts du marché de la livraison, jusqu’à l’arrivée d’Uber Eats et de Deliveroo, déroule-t-il. Et quand les terrasses ont pu rouvrir en juin 2020, le chiffre d’affaires a diminué. » Aux difficultés économiques ont succédé les ruptures conventionnelles, menant à la liquidation le 4 mai.

Manque de moyens, modèle social différent, crise sanitaire : les difficultés se sont accumulées pour Let’s Eat.

Manque de moyens, modèle social différent, crise sanitaire : les difficultés se sont accumulées pour Let’s Eat.

Repro « CL »

L’aventure était pourtant bien partie. Let’s Eat avait essaimé à Angoulême et Grenoble en proposant un modèle différent des géants du secteur, basé sur la livraison longue distance et un modèle social « plus éthique ». « Uber et les autres sont dans le modèle ambigu de l’autoentreprise. Notre modèle, c’était l’intérim en flux tendu en partenariat avec Adecco », souligne le fondateur. Un modèle basé sur le salariat qui n’a « pas réussi à se faire connaître », alors même que Deliveroo, le nouveau venu en ville, a été condamné le 19 avril dernier en première instance à 375 000 euros d’amende pour avoir fait travailler des indépendants qui auraient dû être salariés, selon le tribunal.

« On travaille avec 22 000 livreurs en France, une douzaine sur Angoulême. C’est un système qui leur va, qui est parfaitement adapté à la restauration et qui est inhérent à notre modèle », assure de son côté Damien Stéffan, directeur de la communication de Deliveroo France, qui rappelle que la société a fait appel du jugement.

Intérim ou indépendants

Pour lui, le modèle d’Uber Eats et de Deliveroo est même compatible avec celui d’entreprises comme Let’s Eat. « Dans beaucoup de villes, on voit s’installer de plus petits opérateurs qui livrent plus loin. On pense qu’on joue un rôle moteur en ouvrant la voie : l’habitude chez les habitants a déjà été prise », analyse Damien Stéffan, pour qui le modèle de Deliveroo reste très local.

Si Uber et Deliveroo ne sont pas là, il y a une place pour des solutions locales

En l’occurrence, une cinquantaine de restaurants (dont une dizaine exclusifs à Deliveroo) ont adhéré à la plateforme, qui livre jusqu’à Balzac, Linars et Vœuil-et-Giget. Soit quasiment la même zone couverte par son concurrent Uber Eats, qui compte près de 80 enseignes. « La concurrence est une bonne chose, elle apporte du choix », assure Damien Stéffan, qui reconnaît qu’il faudra « jouer des coudes » pour séduire les restaurateurs. Au détriment des plus petits ? « Cela demande que les restaurateurs deviennent plus éthiques, avance Sébastien Terre. Si Uber et Deliveroo ne sont pas là, il y a une place pour des solutions locales. C’est plus compliqué quand ils arrivent. »